‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 416 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

garderons et défendrons l'honneur l'un de l'autre, tant en couvert comme en publie, sans fraction ni quelconqi» dissimulation ; avertirons l'un et l'autre de tout ce que nous saurons et entendrons être au profit , dommage , honneur ou bl&me l'un de l'autre , et de nos seigneuries, terres, pays et sujets. Et si aucun ou aucuns nous faisoient mauvais rapport l'nn de l'autre , nous n'y ajouterons point de foi , oiais retiendrons sûrement chacun devers nous ceux qui feront les dits rapports. Et, par vrai amour et charité , ferons savoir mcontinent à celui de qui telle relation aura été faite, pour en faire ainsi comme raison sera. Et si nous ou l'un de nous avons affaire pour notre honneur ou nos pays , terres et seigneuries garder et défendre contre aucuns autres qui nous vou» droient grever ou endomntager, nous et chacun de nous serons tenus d'aider et servir celui de nous qui aura & besogner, si de ce sommes requis, à cinq cents hommes d'armes ou de Irait valant le dit nombre, en la manière que cil qui aura à be8<^er voudra. Et sera tenu celui qui sera requis payer ses gens & ses dépens pour le premier mois ; et celui qui le» requerra sera tenu de les payer du sien au temps qu'ils serviront outre. Et si aucun de Bout veut avoir plus grand' puissance pour aide, celui qui sur ce et de ce sera requis sera tenu d'aider le requérant le plus abondamment qu'il pourra, ses pays demeurés garnis.

» hem. que de toute notre puissance et par les meilleures voies que nous saurons aviser, nous nous emploierons pour le relèvement du pauvre peuple du royaume, qui tant a. à sonlrir et tant souffre de pauvreté, à débouter les guerres hors de ce royaume et le mettre en paix et tranquillité. Afin qu'en icelui royaume Dieu soit servi et honoré et que marchandise et labour y puinent avoir cours, nous et chacun de nous promettons loyaumenl et en parole de princes faire tenir et accomplir toutes les choses dessus dites par la manière dessus dite , autant que nous vivrons , sans dorénavant Caire ni aller à rencontre , par quelque manière que ce soit , sous l'obligation de nos biens , tant meubles qu'immeubles , présents et à venir. En témoin de oe , nous avoua fait meUie nos leeaux à ces ditea prétentet, lei-

quelles nous avons scellées et signées de nos propres mains ; et avons écrit au-dessous nos propres noms en la ville d'Amiens, le dix-sep* tiéme jour d'avril l'an mil quatre cent vingt et trois. »

Avec icelui traité et accord dessus dit furent parconflrmës les deux mariages dessus déclarés, c'est à savoir du duc de Bedfort, régent, et de Anne , sœur au duc de Bourgogne. Et avec ce, de Artus de Bretagne et de Marguerite, sœur au duc dessus dit, laquelle par avant avoit eu épousé le fils atné du roi Charles , dauphin de Vienne et duc d'Aquitaine. Et fut vérité que le duc de Bourgogne donna à sa sœur Anne, avec le duc de Bedfort , sa comté d'Artois avec toutes les appendances héritablement , en cas toutefois qu'il n'y eût nul hoir de sa chair né en loyal mariage.

Après tous lesquels traités se départirent de la ville d'Amiens les ducs de Bedfort et de Bourgogne, lesquels retournèrent enseoible à Paris; et le comte de Richeraont s'en alla A Arras. El le duc de Bretagne reçut premier six mille ècus pour les dépens de son voyage, que lui fit délivrer le dit régent , et puis retourna en son pays avec ses Bretons. Durant le temps que les ducs de Bedfort , de Bourgogne et de Bretagne furent ensemble à Amiens, requit icelui duo de Bourgogne au dit Bedfort qu'au cas que les ch&telienies de Péronne, de Roye et de Mont -Didier seroient [remises au domaine du roi , qu'en ce lieu lui fussent délivrées les villes d'Amiens et d'Abbeville, Montreuii, Donrlens, Beauquesne et toutes les appartenances. Sur quoi lui fut répondu qu'on en parleroit au grand-conseil du roi. En après, le duo de Bedfort, régent, atout grand' puissance de ses Anglois , s'en alla à Troyes en Champagne, auquel lieu lui fut amenée honorablement du pays de Bourgogne Anne , sœur au duc Philippe ; et lui amena en gracieux appareil la dame de Rochefort et la dame de Salm, accompagnées du seigneur de Saint- George et aucuns autres barons et seigneura de Bourgogne. Avec lesquels èioit un nomma Jean de Quielong, qui de par le due de Bourgogne avoit été envoyé devers la dudiesse douaigière pour faire apprêter les besognes.

Lesquels venus au dit lieu do Troyes, le duo de Bedfort épousa te dite demoiwUQ de Bour<

CHRONIQUES D'EINGUERR^ND DE MONSTRELET

gogne. Et furent les noces faites tant solennellement comme royalement. Après lesquelles, aucuns jours ensuivant passés, se départirent les dites dames l'une d'avec l'autre, non mie sans pleurs, retournant en Bourgogne. Et le duc de Bedfort, atout sa femme la duchesse, prit son chemin vers Paris, auquel chemin il assiégea puissamment la ville de Pont^ur- Seine, laquelle en bref fut par force d'assaut prise des Ânglois; et la plus grand' partie des François qui dedans éloient furent mis à mort cruelle. Et de là passa outre, et alla séjourner une espace de temps à Paris, en l'hdtel des Toumelles, lequel pour sa demeure il fit grandement réparer.

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