‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 420 sur 761 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment le roi Cbtrlei de Frince fit aisiéger la ville de Cre- ^ vant par le connétable d'ÉcosM et le comte de Ventadour, * auvergnoU.

A l'entrée du mois de juiUet ; le roi Charles fit passer à ses gens la rivière de Loire et assiéger à grand' puissance la ville de Crevant , laquelle tenoit le parti du duc de Bourgogne. Et étoit chef du dit siège le connétable d'Ecosse, lequel avoit avec lui plusieurs grands seigneurs qui vaillamment se combattirent contre les <tits assiégés par divers engins et habillements de guerre qu'ils avoient. Pour lequel siège ne furent mie tant seulement troublés les Bourguignons , mais avec ce les Anglois. Et pour tant la duchesse douaigière de Bourgogne manda h&tivement les plus grands seigneurs de Bourgogne , et leur requit instam'

ment, pour et au nom de son fils le duc, qu'ils assemblassent diligemment leurs gens pour donner secours aux dessus dits assiégés de Crevant. Lesquels seigneurs, avec le seigneur de Thoulongeon, maréchal de Bourgogne, se mirent ensemble à toute puissance et chevauchèrent jusqu'à Auxerre; auquel lieu vint, de par le duc de fiedforl, régent, le comte de Salsebery, le comte de Suffort, le seigneur de WiQeby et aucuns autres seigneurs anglois, tant qu'ils furent jusqu'au nombre de quatre mille combattants ou environ , gens d'élite et éprouvés en armes. A rencontre desquels Anglois allèrent, pour les honorer, le comte de Joigny, bourguignon, Le Borgne de Thooloogeon, le seigneur de Yergy, messire Jean et messire Guillaume de Yienne, messire Régnier Pot, le seigneur de Rochefort et plusieurs autres notables seigneurs. Et eux venus et assemblés ensemble, firent grand' révérence l'un i l'autre, et puis chevauchèrent l'un avec l'autre en belle ordonnance jusqu'en la ville ; et fui logé le dit comte de Salsebery en l'hôtel de l'évCque. Et quand ils furent un peu refeotionnés de boire et de manger, se assemblèrent les dits seigneurs, tant Anglois que Bourguignons , en l'église cathédrale de la ville ; et là prirent leurs conclusions telles que ci-après seront déclarées. Après, les Anglois et Bourguignons se mirent à chemin pour aller ven Crevant combattre leurs adversaires; et descendirent à pied à environ un grand quart de lieue d'iceux. Alors il faisoit moult chaud ; et pour ce furent grandement travaillés, tant d'aller à pied, pour la pesanteur de leurs armes, conrnie de l'ardeur du scdeil. Et ce propre jour furent faits chevaliers de cette partie Guillaume de Yienne, fils au seigneur de Saint-George ; Jean, seigneur d'Auxy ; Philippe, seigneur deTrenont, etGopin de La Yiefville.

Premièrement, M ordonné par les dits seigneurs que le lendemain, qui étoit vendredi, se partiroient avec tous leurs gens, à dix heures du matin, pour aller loger vers Grevant,

Item, ordonnèrent deux maréchaux pour avoir regard sur leurs gens, c'est à savoir, pour les Bourguignons, le seigneur de Yergy, et pour les Anglois, messire Gilld)ertde HallesaL

Jttm, fut crié que les Anglois et Bourgui-

UVRE SECOND

gnons fosient d'accord et amis ensemble en bonne union, sans faire débat ni remords, sous peine d'être punis à la volonté des capitaines.

Item, fut ordonné qu'ils cbevaucheroient tous ensemble en un ost ; et y auroit six vingts hommes d'armes , c'est à savoir soixante Anglois et soixante Bourguignons, avec autant d'archers qu'il y appartenoit pour découvrir devant.

Item, tut ordonné que quand on viendroit au lieu où on se devroit combattre, qu'inc<mtinent qu'il sera dit et publié, que chacun descende h pied; et ceux qui en feront refus soient mis à mort, et tantôt les chevaux soient menés arriére l'espace de demi-lieue ; et ceux qui en seront trouvés plus près soient pris comme conflsqués.

Item , fut ordonné que chacun archer fit un pieuchon éguisé ù deux bouts pour ficher devant lui quand besoin en seroit.

Item, fut ordonné que nul , de quelque état qu'il fftt , ne fût si hardi que de prendre prisonniers au jour de la bataille, Jusqu'à ce qu'on voie pleinement que le champ soit gagné ; et qpie si on en prend aucun, tantôt soit occis, et avecque lui celui qui l'aura pris, s'il en fkit aucuns refus.

Item, fut ordonné que chacun se pourvût de viande pour deux jours, et avecque ce, que ceux de la ville d'Auxerre envoyassent vivres après l'ost, en tant qu'ils s'en pourroient finer, et ils seroient bien payés.

Item, fut ordonné que nuls ne dievaucbtssent devant ni derrière, sans l'ordonnance des capitaines, sur peine capitale, mais se tienne chacun en l'ordonnance où il sera mis.

lesquelles choses d^sus dites furent &a ce Jour proclamées et publiées à son de trompe en la ville d'Auxerre. Et le lendemain, coomie dit est, quand ils eurent ovd la messe en grand' dévotion , et bu un coup, ils se départirent de la ville en grand' fraternité, et allèrent loger tons ensemble en la Yinchelles , à une petite lieue de leurs ennemis. Et le samedi ensuivant, environ dix heures du matin , se délogèrent, et allèrent k belle ordonnance devant leurs ennemis, lesquels, sans faillir, ils trouvèrent ordonnés en grand' et notable compagnie; et «voient pris place sur une montagne devant la dite yIUq de Grevant, laquelle ils avoieot (ena

nuit et Jour en attendant leurs gens. Mais les dits Anglms et Bourguignons allèrent passer par l'autre lec de la rivière d'Yonne , du côté vers Goulangue-la-Ymeuse. Et adonc, descendirent les François de leur montagne et vinrent contre leurs ennemis en montrant grand' semblance de hardiesse, et se mirent en bataille l'un contre l'autre, où ils furent bien trois heures sans autre chose faire, et étoit la rivière d'Yonne entre deux. Et après, se avancèrent les Anglds et Bourguignons, et gagnèrent un pont sur leurs ennemis, par lequel ils les commencèrent fort à grever et envahir.

Et d'autre part, ceux qui étoient en la ville les assaillirent par derrière moult roidement, et adonc commencèrent de toutes parts & combattre les uns contre les autres très ftprement. Mais en conclusion , les dessus dits Anglois et Boui^gnons [obtinrent la victoire contre leurs ennemis et gagnèrent le champ ; auquel furent morts et pris la pins grande partie des Ecossois, qui étoient au front devant la bataille, desquels y avoit environ trois mille.

Toutefois le connétable d'Ecosse se rendit prisonnier au seigneur de Chastellus; mais il eut un œil crevé ; et pareillement fut prisonnier le comte de Yentadour au seigneur de Gamache, et eut aussi un œil crevé; et Etienne et Jean de Farsmères, chevaliers écotsois, avecque plusieurs autres notables hommes , jus? qu'au nombre de quatre cents. Et furent morts sur la place le neveu du comte de Bouquing, messire Thomas Secron, messire Guillaume Hanbon et son fils , tous chevaliers d'Ecosse ; Jean Pillot, capitaine ecossois, et le bAtard du roi, avecque plusieurs autres, jusqu'au nombre de douze cents ou environ. Après laquelle victoire » rassemblèrent les capitaines anglois et bourguignons en grande union, et entrèrent dedans la ville de Grevant, en remerciant et regraciant le créateur de leur victoire, où ils furent moult joyeusement et honorablement reçus; et leurs gens se logèrent au plus près. Toutefois Périnet et aucuns autres chassèrent les lliyants assez longuement; si en prirent et ocdrent plusieurs en faisant celle poursuite. Et le lundi ensuivant , que les dits capitaines eurent assemblé leurs gens, ils se partirent Tan d'avecque l'autre, et puis s'en allèrent les BourgoignoBS en leurs propres lieux, et les comtes

de Salsebery et SufTort retournèrent au siège de devant Mont-Aiguillon , le lieu même dont ils s'éloient partis, et y ayoient laissé aucune partie de leurs gens pour garder le dit siège. Et fut vérité qu'au jour de la bataille dessus dite, le dit comte de Salsebery fit bien quatre vingts chevaliers , ou plus. Et puis , après la dessus dite bataille de Crevant, le dit comte de SufTort alla assiéger la ville de Coucy, laquelle se rendit & lui dedans certains brefs Jours ensuivant. Et de là alla au pays de Maconnois, où se mirent en obéissance plusieurs forteresses que les François tenoient. Si fit par un de ses'; capitaines nommé Claidas assiéger le fort chàtel de la Roche, qui enfin se mit en son obéissance.

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