CHAPITRE LXin
Commeat le roi Ourles d* France te mit aar let e|i«Dip« lUmt grand Ibiaon de gens d'armes et de chevaliers, auquel Tojage mit en son oMiasance plusieurs villes et chtteauz.
Dorant le temps dessus dit, Charles , roi de France, assembla à Bourges en Berri très grand' multitude de gens d'armes et de trait , entre lesquels étoient le ducd'Alençon, Charles de Bouriwn , comte de Clermont , et Arthns , connétable de France, comte de Richemont, Charles d'Anjou, son beau-firëre, et fils au roi René de Sicile, le b&tard d'Orléans et le cadet d'Armagnac , Charles, seigneur d'Albreth , et plusieurs autres nobles hommes et puissants barons des duchés et comtés d'Aquitaine , de Gascogne , de Poitou , de Berri et plusieurs autres bons pays. Avec tous lesquels se mit sur les champs, et de là vint à Gien-sur-Loire, toujours Jeanne la Pucelle avec lui , et en sa compagnie un prêcheur nommé frère Richard, de l'ordre de Saint-Augustin, qui naguère avoit été déboulé de la ville de Paris et d'autres lieux où il avoit fait plusieurs prédications en l'obéissance des dits Anglois , pouroe qu'en icelles se montroit trop pleinement être favorable et être de la partie des François. Duquel lien de Gien prit son chemin en venant vers Aoxerre. Toutefois le connétable , atout certain nombre de gens d'armes , s'en alla en Normandie devers Fvreux, pour empêcher les garnisons du pays qu'ils ne se pussent assembler avecque le duc de Bedfort. Et d'autre part, le cadet d'Armagnac fut renvoyé à garder la duché d'Aquitaine et de Bourdelois. Auquel chemin icelui roi mit en son obtissance deux petites booQM villes qui tenoieot le parti du
roi Henri , c'est à savoir Saint-Florentin et Jargeau , icelles promettant de faire dorénavant au dessus dit roi et à ses commis tout ce que bons et loyaux sujets doivent faire à leur souverain seigneur, et prenoient aussi du roi sûreté et promesse qu'il les feroit gouverner et maintenir en bonne justice , et selon leurs anciennes coutumes , et de là vint au dit lieu d'Aoxerre.
Si envoya sommer ceux de la ville qu'ils le voulsissent recevoir comme leur naturel et drojturier seigneur, lesquels de ce ne furent point contents de pleine venue. Néanmoins plusieurs ambassadeurs furent envoyés d'un côté et d'autre. Si fut en la fin traité fait entre les parties, et promirent iceux de la dite ville d'Auxerre qu'ils feraient telle obéissance au roi que feraient ceux des villes de Troyes , Ch&lons et Rheims. Et, par ainsi , administrèrent aux gens du roi vivres et autres denrées pour leur argent , et ils demeureroient paisibles, et les tint le roi pour excusés pour cette fois. Et de là vint le roi à Troyes en Champagne, et se logea tout à l'environ, et y fut trois jours avant que ceux de la ville le voulsissent recevoir à seigneur. En la fin desquels, parmi certaines promesses qui leur furent faites , ils lui firent pleine ouverture, et mirent lui et ses gens dedans leur ville, où il ouit messe. Et , après les serments accoutumés faits d'une partie aux autres , le dessus dit roi retourna en son logis aux champs, et fit publier par plusieurs fois , tant en son ost comme en la ville, sur la hart, que homme, de quelque état qu'il fût, ne méflt rien à ceux de la ville de Troyes ni aux autres qui s'éloient mis en son obéissance. Et en ce même voyage faisoienl l'avant-garde les deux maréchaux de France, c'est à savoir Boussae et le seigneur de Rais , avecque lesquels étoient La Hire , Pothon de Sainte-Treille et aucuns capitaines. Durant lequel voyage se rendirent en l'obéiisance d'icelui roi Charles très grand nombre de bonnes villes et châteaux à l'environ des marches où il passoit. Desquelles redditions et de les déclarer chacune à part soi, je m'en passe, pour cause de brièTèté.
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET