‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 5 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Pesta savoir, s'il advenoit que l'un ou l'autre ne Tût blessé, nous serons tenus après, en icelle journée même et au second jour après, férir de coups de lance à course de chevaux à trois rangs, tant que l'un ou l'autre cherra parterre ou soit blessé, si qu'il n'en puisse plus foire. El que chacun s'arme i sa volonté le corps et

I la tète. Et les targes soient de nerfs ou de cornes, sans ce' qu'elles soient de fer ni d'acier, DÏ qu'il y ait aucune maîtrise. Et courrons les dites lances atout les selles que les dits thevaux auront, faisant les dites armes h chenl: et chacun liera et mettra ses étriers à sa volonté , sans faire nulle maîtrise. Et pour y fouler plus grande foi et fermeté, je, Michel d'Oris, ai scellé cette lettre du sceau de mes armes: laquelle lettre fut faite et écrite h Paris le vendredi vingtième jour d'août l'an 1400. » Lequel poursuivant, nommé Aly, s'adressa atout ses lettres en la ville de Calais: et là dirent icelles vues par un chevalier d'Angleterre nooimémessireJeande Prendregrest *, lequel accepte de faire les dites armes, au cas qu'il pkiroit au roi d'Angleterre son souverain seigneur: et sur ce récrivit ses lettres à Técnyer d'Aragon dessus nommé, desquelles la teneur s'ensuit :

« A noble homme et honorable personne Michel d'Oris, Jean de Prendregrest, chevalier et familier de très haut et puissant seigneur nHHiseigneur le comte deSombreseil: honneur

, et plaisance.

» Plaise vous savoir que j'ai ores personnellement vues unes lettres par deçA envoyées par Aly le poursuivant : par lesquelles j 'entends la vaillance et courageux désir d'armes qui sont en vous ; et aussi que vous avez fait vœu de porterune certaine chose, laquelle, comme vos dites lettres contiennent, vous fait grand mal à b jambe; et que vous le porterez jusqu'à cer- Uin temps, que vous serez délivré d'aucun chevalier anglois d'avoir fait certaines armes composées en vos dites lettres. Moi, désirant honneur et plaisance, comme gentilhomme, de loat mon pouvoir, ai, au nom de Dieu et de la

I douce vierge Marie, de monseigneur saint

I George et de saint Antoine, accepté et accepte Tolre requête telle et en la meilleure manière

* iokaet rappelle Prender Ga*l.

que vos dites lettres le contiennent, tant pour vous alléger de la peine et du mal que vous souffrez, comme aussi pour ce que j'ai longuement désiré d'avoir aucune accointance avec aucun noble et vaillant de la partie de France, afin d'apprendre aucune chose appartenante A honneur d'armes; pourvu qu'il plaise à mon sire, le roi, de sa grâce spéciale, de me donner congé de le faire, soit devant lui et sa personne royale en Angleterre, ou autrement à Calais par devant mon dit seigneur le comte de Sombreseil. Et en outre, pourtant que vos dites lettres font mention que vous apporterez chapeaux; desquels votre compagnon choisira lequel qu'il lui plaira, et aura chacun tel gorgerin qu'il lui plaira ; à vous plaise savoir que pour ce que ne voudrois que par aucune subtilité de ma partie, d'une pièce de harnois ni d'autre, le fait par bou vouloir entrepris pût aucunement être détourbé ou délayé, je veuil, s'il vous platt, que vous apportiez deux gorgerins pareils et deux chapeaux ; ou autrement, si vous voulez, je porterai deux chapeaux et deux gorgerins d'une façon, de quoi vous aurez semblablement le choix. Et vous promets en bonne foi que loyaument je mettrai et ferai diligence à mon pouvoir, devers messeigneurs mes amis et de moi-même, d'impétrer ledit congé : à quoi j'ai espoir en Dieu que je ne faudrai pas. Et avec ce, du Jour et lieu où les dites armes se feront, s'il est le plaisir du roi notre sire (comme dit est), j'écrirai au capitaine de Boulogne, dedans le jour de la Tiphaine * prochain venant, ou au plus tôt que faire se pourra , afin que de mon entente et volonté puissiez hâtivement être certifié, et de la plénière volonté démon cœur en celte partie.

» Noble et vaillant seigneur honorable, je prie à celui qui est le faiseur et créateur de tous biens qu'il vous octroie joie, honneur et plaisance, avec tous biens que vous voudriez de votre dame , à laquelle je vous prie que ces présentes me puissent recommander. Écrit sous mon sceau, à Calais, le onzième jour de juin en l'an dessus dit. » ■>'.'> -a

Depuis lesquelles lettres dessus dites envoyées au dit écuyer d'Aragon, pour ce qu'icelui chevalier n'avoit pas assez brève ré-

* Théophanie.

ponse, et que la besogne fkit par long temps délayée, lui récrivit autres lettres derecber, dont la teneur s'ensuit.

« A honorable homme Michel d'Oris, je, Jean de Prendegrest, chevalier, salut. Comme pour vous aisier el. alléger de la peine que vous avez soufferte et souffrez de porter le tronçon d'une grève, Je vous ai octroyé à délivrer des armes que vous avez vouées, et desquelles mention est faite es lettres scellées du sceau de vos armes ; et sur ce j'ai tant fait qu'& ma poursuite et avec l'aide de monseigneur de mon lignage, que le roi mon souverain et lige seigneur me l'a octroyé) et sur ce ordonné excellent el puissant seigneur monseigneur de Sombreseil son frère, capitaine de Calais, à être notre juge, si comme écrit vous ai par Âly le poursuivant, par mes lettres por> tant date du onzième jour de juin dernièrement passé, lesquelles vous pouvez bien avoir vues en dft et suffisant temps, si comme peut apparoir par les lettres de noble ei puissant homme le seigneur de Gaugourt, chambellan du roi de France, portant date du vingtième jour du mois de janvier : lesquelles contiennent qu'à vous-même il a les dites lettres enoyées pour hâter de venir par deçà. Pourquoi pouvez bien entendre que le jour de l'aceomplissement de nos dites lettres sera le premier lundi du mois de mai prochain venant : car ainsi fut-il appointé et ordonné par le roi notre sire, sur la poursuite de ma dite irapétration ; et ainsi il me le convient tenir. Sur quoi, pour ce qu'il a plu à icelui mon seigneur le roi, pour autres plus hautes causes et matières, touchant et regardant le fait de sa royale excellence, avoir ordonné monseigneur son frère en autres parties, être au dit jour, il lui a plu avoir tant fait, à l'humble supplication de moi, et pour contemplation de mes dits seigneurs et amis de lignage, que, pour tenir ladite journée et être notre juge, il a commis et député son cousin et mon très honoré seigneur monseigneur Hue Lutrelles, lieutenant de mon dit seigneur de Sombreseil, au dit lieu de Calais : et pour ce suis venu, prêt pour accomplir les dites armes, au plaisir de Dieu, de saint George et de saint Antoine ; espérant que de votre partie pour l'aisement et l'allégeance de votre dite penance, vous y serez

aussi présent : en iceUe entente, je vous envoie sauf-conduit pour quarante personnes et autant de chevaux.

» Autre chose de présent ne vous sais que récrire ; car vous savez assez qu'il appartient à votre honneur. Si prie au dieu d'amour, qu'ainsi comme vous désirez l'amour de votre dame, vous avancez votre venue. Écrit au dit lieu de Calais, sous le scd de mes armes, le second jour de janvier l'an 1400. »

S'ensuit la tierc& lettre du chevalier anglois envoyée au dit écuyer d'Aragon :

« A honorable homme Michel d'Oris, je, Jean de Prendregrest, chevalier, salut. 11 vous plaise bien avoir en remembrance que de par vous furent envoyées par deçà, par Aly le poursuivant, unes lettres générales et universelles adressantes à tous chevaliers anglois^ écrites à Paris le vendredi, vingtième Jour d'avril l'an 1400, scellées du scel de vos armes.

» Et aussi, vous ne devez pas oublier la réponse que je fis aux dites lettres, comme sait le chevalier du pays d'Angleterre à qui elles vinrent premièrement : de laquelle réponse, et de ce qui depuis s'en est ensuivi, je vous ai écrit la substance par mes lettres scellées de mes armes, à la date du onzième jour de juin dernier passé.

» Et aussi vous envoyai sauf-conduit bon et suffisant pour venir par deçà accomplir l'entente de vos dites lettres universelles; si comme es dites miennes dernières lettres est {finement contenu, où s'ensuit :

« A honorable homme Michel d'Oris, etc. »

Sur quoi, veuillez savoir que j'ai grand' merveille ; car, entendu la teneur et substance d'icelles lettres, je n'ai eu de vous autres nouvelles, soit de venir au jour qui assigné étoit, ou autrement de due excusation pour essoine de votre corpsi

» Néanmoins, Je ne sais si le dieu d'amour qui vous enhorta et mit en courage de vos dites lettres générales envoyées, ait en aucune chose été si déplu, par quoi il ait changé les conditions anciennes qui souloient être telles que, pour esbaudir armes et chevalerie accroître, il tenoit les nobles de sa cour en si royale gouvernance que, pour accroissement de leur honneur, après ce qu'ils avoient em-

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