LIVRE SECOND
point les dits capitaines de regard d'entretenir ni rassembler leurs gens ainsi qu'ils dévoient, et aussi la plus grand' partie d'iceux n'avoient point tout leur haroois sur eux. Pour laquelle négligence il leur mésadvint vilainement, car ce propre Jour Pothon de Sainte-Treille étoit venu du matin au dit lieu de Garmigny, et là, à tant de ses gens qu'il trouva au dit châtel comme & tous ceux qu'il avoit amenés, tira aux champs, et pouvoit avoir environ douze cents combattants, dont la plus grand' partie étoient droites gens de guerre experts et éprouvés en armes, atout lesquels il prit son chemin droit devers Lihons en Santerre , et si fit sagement chevaucher aucuns de ses coureurs devant, pour découvrir et enquérir nouvelles de ses ennemis , lesquels , venus emprës la dite ville deBouchoire, ouïrent crier et aperçurent l'état et ordonnance de leurs dits adversaires, et pour tant, sans délai et en grand' diligence, retournèrent devers leurs capitaines, auxquels ils noncérenl ce qu'ils avoient oui et vu. Sur lequel rapport Pothon , dessus dit, fit incontinent habiller ses gens de tous points, et moult soudainement les mena et conduit devers ses ennemis dessus dits, en leur admonestant que chacun s'acquittât en droit soi et fit bon devoir de combattre leurs ennemis, lesquels ses ennemis étoient très petitement préparés pour batailler. Et pour tant Pothon et ses gens venant sur eux d'un vouloir soudain en grand bruit et roideur, avant qu'ils se pussent mettre en ordonnance, les eut tantôt éparpillés et mis en grand déroi , et furent la plus grand' partie portés jus de fers de lances de leurs chevaux. Toutefois les capitaines, avec aucuns de leurs gens , se rassemblèrent à l'étendard de messire Thomas Kiriel, et commencèrent A eux mettre à défense vigoureusement ; mais ce rien ne leur valut, car, comme dit est, la greigneur partie de leurs gens étoient déjà tournés à grand mescbef et à grand déroi, fuyant en plusieurs et divers lieux pour eux sauver. Pour quoi, en assez bref terme, ceux qui étoient demeurés sur les champs furent tournés A déconfiture, morts et pris, et sans nul remède ; desquels morts furent les principaux Jacques de Ilelly, Antoine de Tienne, et avec eux de cinquante à soixante, tant Bourguignons comme Anglois ; et avec ce en furent pris de quatre
vingts à cent, desquels étoient les principaux messire Thomas Kiriel dessus dit, et avec lui, de ceux de sa famille, deux vaillants hommes d'armes, c'est A savoir un nommé Robin, et l'autre Guillaume Courouan. Et de la même partie des Bourguignons furent aussi pris messire Daviod de Poix, L'Aigle de Sains, chevalier, L'Hermite de Boval, et aucuns autres avec eux. Jusqu'au nombre dessus dit. A laquelle détrousse se cuida retraire A Roye, dont il s'étoit parti , Gérard , le bâtard de Brimeu ; mais pource qu'il avoit vêtu une housse d'orfavrerie et degrand nombre, il fut roidement poursuivi de ses ennemis, et enfin pris des François et ramené avecque les autres.
Après laquelle déconfiture, le dit Pothon remit ses gens ensemble, et de là atout ses prisonniers alla à Garmigny, premier dépouillés ceux qui morts gisoient sur les champs, entre lesquels furent trouvés occis tant seulement quatre ou cinq des gens du dit Pothon. Auquel lieu de Garmigny, lui et les siens se rafraîchirent le jour et la nuit ensuivant, et le lendemain emmena tous ses gens et laissa la forteresse en la main des habitants de la ville, et pareillement fit dégarnir la Boissière, que ses gens lenoient, et icelle mettre au feu et en flambe. Si s'en alla A Ressons-sur-le-Mas, et de là à Compiègne atout ses prisonniers, où il fut reçu Joyeusement pour la victoire qu'il avoit eue sur ses ennemis. Auquel temps le dit Jacques de Helly fut là enterré en l'église, et les autres, pour la plus grand' partie, furent enterrés en l'église et cimetière de Bouchoire, assez près de la place où ils avoient été occis.