‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 538 sur 761 · CHAPITRE CVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVI

Comment le concile ftil remis et ordonné i Btle, pu U mort et induction de l'empet'eur d'Allemagne.

En cet an, fut par notre saint père le pape et par l'église universelle constitué & tenir un concile général en la ville de B&le , lequel avoit été promu à être assemblé durant le pape Martin. Laquelle^^ville de B&le est une cité assez puissante et plantureuse do biens, située et assise sur la rivière du Rhin. Auquel lieu se commencèrent & assembler les députés de plusieurs études et nations , entre lesquels y vinrent en notable compagnie ceux de l'université de Paris, les ambassadeurs de l'empereur d'Allemagne et plusieurs rois, princes, prélats et collèges en grand nombre. Si advint que le pape Eugène voulut délayer de mettre icelui concile jusqu'à un an et demi ensuivant, et le translater à Boulogne-la-Grasse , afin que les Grégeois y pussent jenir ; mais pource que l'empereur lui écrivit moult instamment ses lettres touchant en icelles, l'entretènement du dit concile demeura icelui en son estât : desquelles lettres ou en substance la teneur s'ensuit:

K Premièrement, conlenoient les lettres de l'empereur qu'il désiroit moult que le concile de B&le ne fût dissipé ni retardé pour l'espérance des Grecs , car on avoit moult de fois labouré sans eifet pour les attraire à l'union de notre mère sainte église ; mais conseilloit mieux d'arracher et extirper les hérésies régnantes.

» Item, car ceux du concile avoient écrit à ceux de Prague, appelés Housses, qu'4ls vinssent au présent concile ; et l'empereur leur en avoit écrit pareillemrat , et , pour y venir,

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELEl.

donné sauf-conduit ; et sembloit qu'ils avoient intention d'y venir, car ils avoient eu grand' perle contre les Hongres, et si avoient été repousses par deux fois du duc d'Autriche. ' » Item , pource que les Pragois savoient que le saint concile étoit principalement tenu pour détruire et abolir leurs hérésies , pouvoit-on espérer que par information, sans disputalion, on les converliroit à bonne créance.

» Item, s'il advenoit qu'ils ne se voulsissenl consentir de condescendre à raison , ceux du concile, étant de tous pays, admonesteroient ceux de leurs' contrées & ce qu'ils voulsissent détruire ces Pragois.

h Item, pource qu'ils veulent approuver leur secte par sainte -écriture , si on délaissoit le concile , ils diraient qu'on ne sauroit que répondre à leurs raisons , et que rien n'étoit du concile. Et par ainsi s'enhardiraient en leurs fausses créances et perverses erreurs.

» Item , parce que renommée courait que le saint concile étoient assemblé présentement pour réformer les mœurs du peuple chrétien, et aussi l'état de l'église, il étoit à douter que les gens laïques , qui moult parloient sur leur état, diraient que si on assembloit, et puis que départit le concile , ainsi qu'on avoit jà fait à Pise et à Constance, que c'étoit sans utilité et profit , et que ce n'étoit qu'une moquerie et confusion.

» Item, étoit le concile commencé pour apaiser les dissensions qui , par spécial, étoient en la foi entre clercs et laïques ; pour quoi ceux du concile l'avoient jà écrit, et mandé aucunes villes de venir au concile. Et, par spécial , aucunes villes en Saxogne, dont l'une ville, c'est à savoir Magdebourg, avoit bouté hors son évéque avec le clergé , et autres s'étoient rebellées à leur évéque. Et pource qu'ils étoient enclins aux Pragois, étoit à douter aucuns que si le concile se départit que ceuxci et autres se meltroienl avec iceux Pragois, tant qu'à grand' peine on y pourroit remédier.

» Item , Jà soit ce que plusieurs princes et villes situées et assises entqur les Pragois avoient fait trêves avec iceux, toutefois la greigneur partie se tenoit encore fermement à eux, espérant sur la provision du concile \ mais, s'ils savoient ,1e département d'icelui , si feroient aussi trêve comme les autres , dont il s'ensui-

vrait qu'ils se hardiroient avec les Pragois.

» Item, avoit eu avis, sur le concile, de pacifier plusieurs rais, princes et autres; et, en ce, commencé à trouver moyen de paix : mais , si le concile étoit séparé, iceux princes étoient taillés [d'eux employer à guerrayer et continuer en guerre, et ne remainderoit nulle espérance d'assembler le concile , pour les séditions et cruautés qui adviendroient, et ainsi seraient attargés plusieurs provisions et moyens servant au profit commun de la chrétienté. Si adviendroient grands esclandres et destructions, qui plus évidemment apperroient qu'on ne les pourroit écrire. »

Lesquelles considérations déclarées en l'épttre de l'empereur, si étoit la conclusion en icelle, comme il s'ensuit : « Pour quoi , nous requérons à votre sainteté qu'incontinent écrivez au président et & ceux du saint coDcUe qu'en nulle manière ne départent, mais bienheurement accomplissent ce qu'ils ont encommencé , et ce pour quoi ils sont , an nom de Notre-Seigneur, assemblés, en rappelant et annihilant si aucunes choses avez écrites au contraire. Et veuillez considérer que les hérétiques armées accroissent, et que si vous ne les faites décharger à l'église et remettre au premier état, on n'y pourra remédier par nulle puissance , par nul conseil ni par nul engin. Et certainement, ceux qui vous ont conseillé le département du concile n'entendoient mie les griefs maux qui en pourraient naître. Plût à Dieu qu'ils savourassent et entendissent la fin comme l'attente, et retardement en ce cas soit moult périlleux et nullement & souffirir! et si on doutoit que, par aventure, par les lays peut être usurpée aucune chose contre l'état de l'église , on s'abuseroit , pource qu'ils ne doivent jeter leur faux en autrui lieu , champ ou fruits ; mais pour vrai, ces subtilités de retarder le saint concile feront forcener les lays contre l'église et le clergé; laquelle chose on pourroit par bonne manière détourner, c'est à savoir par entretenir le concile , en quoi les lays seroient refrénés, quand ils verraient que le clergé n'entendrait seulement au singulier profit.

» Ittm, devez considérer qu'il est à supposer que le saint concile, à ce département, ne se Youdra nuUement consentir, et le soivroient

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