‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 540 sur 761 · CHAPITRE CVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVII

Comment le duc de Bar vint en la comté de Vaudemont pour la conquerre d« force.

Or est vérité qu'au temps et à l'occasion de la guerre jà piéça émue, et dont en autre lieu est faite mention, entre René, duc de Bar, et Antoine de Lorraine, comte de Yaudemont, son ennemi, fit très grande assemblée de gens d'armes, tant des duchés de Bar et de Lorraine comme des pays d'Allemagne et de plusieurs autres lieux, jusqu'au nombre de six mille combattants ou environ, desquels étoient les principaux les comtes de Salm, de Salvines et de Limage, l'évèque de Metz, messire Thibaut de Barbey et aucuns autres nobles hommes et de grand état. Et si étoit avec eux ce gentil et renommé chevalier le seigneur de Barbasan, au plaisir et induction duquel ou au moins en la plus grand' partie le dessus dit duc de Bar conduisoit son armée et exercite, pource qu'il étoit expert, subtil et renommé en fait de guerre. Lesquels grandement aomés et pourvus de grand nombre de charrois, vivres, artilleries et autres habillements de guerre, furent par le dit duc capitaine conduits et menés devant la ville de Yaudemont, chef-lieu et chefdeladite comté, laquelle fut en assez fort lien. Et avec ce étoit bien réparée et pourvue pour attendre guerre, tant de vivres et d'artillerie comme de gens et autres choses nécessaires, pource que par avant le dit comte étoit assez averti pour la venue de ses ennemis et y avoit en son lieu constitué capitaine de la dite ville un nommé Gérard de Passenchault, bailli d'icelle comté, et Henri de Fouquencourt, lesquels deux firent bonne diligence de défendre et résister contre leurs adversaires. Néanmoins ils furent en assez bref terme assiégés et environnés de toutes parts, parce que leurs dits adversaires étoient en très grand nombre au regard d'eux, |et ne les pouvoient de ce détourber.

Et d'autre part, les dits assiégeants coururent, ravirent et dëgfttërenl par feu et par épée la plus grand' partie de la comté de Yaude-

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

mont, dont grandement déplut au dit comte; mais à présent lui convenoit souffrir et endurer, pource qu'il n'étoit mie assez puissant pour y remédier. Si garnit les forteresses qui étoient en son obéissance de ce qu'il avoit de gens, et si conclut qu'il s* retrairoit devers le duc Philippe de Bourgogne, duquel il avoit toujours tenu le parti, pour lui requerre humblement qu'il lui voulslt bailler aide de ses gens, afin qu'il pût délivrer sa dite ville de ses ennemis, laquelle étoit assiégée comme dit est. Lequel duc il trouva en son pays de Flandre.

Et après qu'il lui eut raconté ses affaires et la grand' nécessité en laquelle étoit la dessus dite ville de Yaudemont, le dit duc de Bourgogne lui fit réponse que de sa requête il pai^ leroit volontiers à son conseil, et lui feroil brièvement réponse , et la meilleure aide que bonnement pourroit.

Et alors étoient venus des parties de Bourgogne, par devers le dit duc, n'avoit point encore grandement, messire Antoine do Tboulongeon, maréchal de Bourgogne, et aucuns autres notables personnes, envoyés d'icelui pays pour remontrer au dit duc les grands affaires qui étoient en son dit pays de Bourgogne, par le moyen d^s François et Bourbonnois, ses ennemis, qui chacun jour incessamment faisoient es dites parties très grandes occisions et dommages par feu et par épée, et avoient déjà conquis plusieurs bonnes villes et forteresses, au grand dommage et préjudice des dits pays, et étoient bien en volonté de plus avant couquerre, si par lui n'y étoit pourvu; requérant à icelui très humblement qu'il lui plût pour la salvation de ses pays à eux faire aide de ses capitaines de Picardie, accompagnés de certain nombre de gens d'armes, et par spécial de gens de traits, lesquels, comme ils disoient, leur étoient moult nécessaires.

Sur lesquelles deux requêtes dessus dites le dit duc assembla plusieurs fois avec lui ceux de son conseil pour avoir avis comment il pourroit besogner sur les affaires dessus dites. Si furent les dites besognes moult débattues.' Et lui remontroit-on comment les François ses ennemis étoient d'autre partie touLà l'environ des marches de Picardie; prêts et désirant d'entrer en son pays d'Artois, disant que s'il se défournissoit de ses Picards, et ses dits enne- 1

mis le savoienl, ils lui pourroient porter un très grand préjudice.

Nonobstant toutefois tous les périls qui s'ensuivoient ou pourroient s'ensuivre, fut enfin conclu, pour le mieux faire que laisser, qu'on bailleroit au dit maréchal certain nombre de combattants jusqu'à mille on douze cents, lesquels seroienl conduits et menés par aucons chefs de la marche de Picardie, au-dessous du dit maréchal, à tous les dessus dits; et ceux qu'ils pourroient avoir en Bourgogne feroient au comte de Yaudemont le plus grand aide et secours qu'ils pourroient.

Après laquelle conclusion fut avisé quelles gens on pourroit prendre pour conduire cette entreprise; mais il y eut peu de gens d'état qui en voulussent entreprendre la charge, pour ce que c'étoit loin et en pays où leurs ennemis étoient forts, et s'attendoient être petitement payés de leurs gages, ainsi que passé long temps on avoit accoutumé défaire. Néanmoins le dessus dit maréchal de Bourgogne, le comte de Yaudemont et aucuns autres de leurs marches qui avoient les dites besognes plus au cœur que les besognes de Picardie, conclurent ensemble qu'ils prendroient tels gens qu'ils pourroient avoir.

El adonc firent parler à Matthieu de Humiëres, à un nommé Robinet de Huchechien, le bâtard de Fosseux, le bâtard de Neuville, Garin, bâtard de Brimeu, et aucuns autres gentilshommes et hommes d'armes de moyen état, lesquels en leur pays n'avoient pas grands revenus ni tels états qu'ils dèsiroient à avoir, savoir s'ils voudroient assembler gens de guerre pour aller avec eux là ou ils les mèneroient, pour quérir leurs aventures. Lesquels tantôt, tant pour les -dons et promesses qui leur furent faites par les dits seigneurs comme par les moyens d'autres ncAIes du pays, firent réponse qu'ils iroient très volontiers. Si assemblèrent à l'entrée de mai, en plusieurs lieux, ce qu'ils purent avoir de gens, jusqu'au nombre de mille à douze cents combattants, et eurent congé et mandement patent de par le duc de Bourgogne d'assembler et entretenir certaine espace de temps les dessus dits, desquels la plus grand' partie étoient pauvres compagnons, qui de long temps ayoient accoutumé à vivre d'avantage, et à tenir les

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