LIVRE SFjCOND
gnon» el Picards eurent ao cœur très grand'
Si M conclu de cette partie qn'iis attendroient teors adversaires et ennemis au lien où ils ëtoient et ne iroient point assaillir. Et d'autre part , le dessus dit due de Bar et ses capitaines, qui déjà avoient ordonné leurs batailles, la plus grand' partie à pied, voyant que leurs ennemis ne se bougeoient de teur place, conclurent qu'ils les iroient assaillir, et commencèrent & marcher avant, et leurs adversaires et ennemis se tenoient tout cois sans mot dire. Et quand ce vint que les Barrois furent bien près d'eux, comme à douze ou seize diestrès, ils boutèrent le Teu tout à une fois dedans leurs canons et coulevrines dessus dites, et avec ce élevèrent un très grand cri; pour la doute desquels canons grand' partie d'icenx Barrois se plongèrent contre terre et furent fort effrayés. Et adone en assez bref terme commencèrent & assembler en bataille de toutes parts, et pouvoit déjà bien être onze heures de jour. Si tiroient les archers picards par monlt flère et très merveilleuse vigueur contre leurs adversaires et ennemis, duquel Irait ils en occirent et navrèrent moult grand nombre.
Si dura cette dite mêlée très cruelle environ le temps et espace d'un quart d'heure, et les - deux parties combattirent l'une contre l'autre en plusieurs et divers lieux ; mais tantôt après, ceux de la partie du duc de Bar se commencèrent à eux desroyer et enfuir en plusieurs et divers lieux vers leurs marches : et leurs ennemis, ce voyant, se férirent en eux de grand courage, et par spécial les archers picards ; si les séparèrent, occirent et navrèrent terriblement , et en briëve conclusion les tournèrent à grand' déconfiture et les mirent à grand méchef. Auquel desroi fut pris icelui duc de Bar par un nommé MarUn Foujars , qui étoit au comte de Conversan, seigneur d'Enghien, et en eut l'honneur et profit, jà soit que aucuns dirent qu'il ne le prit pas de sa main. Avec lequel duc furent pris l'évèque de Metz , Jean de Rodemacque, roessire Everard de Salebéry, le vicomte de Arcy, le seigneur de Rodemacque, messire Colard de Saussy, messire YiUim de La Tour et plusieurs autres, jusqu'au nombre de deux cents ou environ ; et si en demeura morts sur la place et en la chasse, qui dura
bien deux lieoes, de vingt-cinq cents à trois mille. Desquels ftirent les principaux les comtes de Saumes et de Salmène, de Limage, allemands ; le seigneur de Barbasan, messire Thi • bault de Barbey, les deux frères de l'évèque de Metz , George de Banastre et ses deux frères , Jean de Héraumont et autres , jusqu'au nombre dessus dit, dont la plus grand' partie étoient gentilshommes.
Après laquelle déconfiture, qui dura bien de deux à trois heures , devant qu'ib retournassent de la dite chasse , les seigneurs de la partie de Bourgogne, avec le dessus dit comte de Yaudemont et ses gens , se rassemblèrent ensemble et regracièrent humblement leur «réateur de leur bonne victoire. Et n'avoient perdu morts sur la place qu'environ quarante hommes, dont messire Gérard de Marigny fut le principal ; et demeurèrent celle nuit sur le champ, et fut le dit maréchal de Bourgogne un peu navré au visage , et aussi étoit le duc de Bar, dessus le nez. Et le lendemain se départirent et prirent leur chemin pour aller en Bourgogne, menant avecque eux leurs prisonniers.