LIVRE SECOND
Jours, par contrainte d'icoux Anglois , furent mises en l'obéissance d'eux , et se départirent aucuns des dits François , sauve leur vie et partie de leurs biens , et les autres demeurèrent à volonté. Si en y eut aussi aucuns exécutés par Justice, et les autres mis à finance.
Après lesquelles redditions , les dessus dits Anglois prirent leur chemin vers Lagny-sur- Mame , et se logèrent devant. Si fit le comte d'Arondel asseoir une grosse bombarde contre l'arche du pont-levis de la ville , laquelle , du premier coup qu'elle jeta, rompit la dite arche par telle manière que ceux de dedans ne pouvoient bonnement venir & leur boulevert, qui étoit à l'autre bout du pont qui passe pardessus l'eau. Et adonc, le dit comte d'Arondel et les autres capitaines avecqoe leurs gens assaillirent hâtivement icelui boulevert et le prirent sans délai, nonobstant que ceux de dedans, qui étoient en bien petit nombre, le défendoient puissamment et vaillamment. Auquel assaut fut mort Jean de Luxembourg , un des b&tards de Saint-Pol, et aucuns autres, avecque plusieurs navrés. Et enfin, les dessus ^dils Anglois rompirent le pont en plusieurs lieux et après ardirent le dit boulevert , puis se retrahirent en leurs logis. Si conclurent , dedans brefs Jours ensuivants , d'assaillir la ville en plusieurs lieux, laquelle chose ils firent.
Si demeura le dit comte d'Arondel, atout certain nombre de gens, sans aller au dit assaut, et quand ce vint que le maréchal et les capitaines se départirent pour aller au dit assaut, le dit messîre Jean de Luxembourg, bâtard de Saint-Pol, qui portoit en sa devise et en son étendard un soleil , dit tout haut , oyant plusieurs , qu'il faisoit voeu à Dieu que si le soleil entroit en la ville qu'il y enlreroit aussi. Laquelle parole fut de plusieurs entendue par divers propos. Néanmoins , ils allèrent à l'assaut, et s'y portèrent assez vaillamment : mais par la diligence de Huçon Queue , écossois , messire Jean Foucaut et autres capitaines de la ville , ils furent bien et vaillamment reçus , et en y eut plusieurs des dessus dits assaillants morts et grièvement navrés; et avecque ce perdirent quatre ou cinq de leurs étendards et canons , qui furent tirés à force de bras dedans la ville par les deux bouts , desquels fu-
rent la bannière de l'He-Adam , maréchal , et l'étendard et enseigne du soleil appartenant au dit messire Jean, bâtard de Saint-Pol , qui avoit voué d'entrer en icelle ville. Si convint qu'ils se retrahissent à grand' honte et confusion en leur logis ; et au bout de trois Jours ensuivants , s'assemblèrent et s'en allèrent secrètement grand' partie d'iceux compagnons de guerre , sans le congé de leurs capitaines, voyant qu'ils perdoient leur temps de là plus séjourner ; car ils y pouvoient plus perdre que gagner. Si retournèrent à Paris devers le duc de Bedfort ; et avant qu'iceux Anglois et Bourguignons fissent icelui assaut , avoient bien été huit Jours logés devant la ville , et y assis grosses bombardes , dont ils avoient fait battre et travailler la muraille d'icelle.