LIVRE SECOND
les Thrres pour ravitailler icelle ville. Et, de fait, par force et malgré tous leurs adversaires, se boulèrent avant , et y en passa certain nombre qui allèrent jusqu'à la porte et boutèiBDl dedans de vingt à trente bœufs et aucune quantité de sacs de farine, et si entrèrent déduis environ quatre vingts combattants ; mais cette besogne ne fut pas faite sans grand' effusion de sang; carde tous côtés en y eut plusieurs morts et navrés. Entre lesquels , de la partie des dits François, fut mort le dcsssus dit de Sainte-Treille , frère atné à Pothon. Et pareillement à l'autre côté, où étoient messire Jean, bAtard de Saint-Pol , messire Thomas Siriel , le seigneur d'Amont et Philebert de Yaudray, furent fort approchés, et y eut fait maints hauts faits d'armes et vaiilanlises. Si y furent morts et navrés plusieurs des deux côtés, desquels, de la partie des Anglois , y fut mort un gentilhomme Odart de Remy, et durèrent ces escarmouches Jusqu'assez près de vêpres, et fut par un jour Saint-Laurent , en août, qu'il faisoit moult grand' chaleur de soleil, dont les deux parties furent moult travaillées et oppressées. Et lors les François , voyant que bonnement ne pouvoient autre chose faire, parce principalement que les Anglois et Bourguignons étoient en très fort lieu, se retrahirent tous ensemble et s'en allèrent loger * Crécy en Brie, et de là se tirèrent vers Château-Thierry, et puis à Yitry «1 France, où ils furent l'espace de quatre jours.
Et adonc le dit due de Bedfort, sachant qu'iœux François se trayoient vers l'Ile-de-France, doutant qu'ils ne prissent aucunes bonnes vil- Im, se délogea de devant la dite ville de Lagny en assez petite ordonnance, car ses gens y laissèrent plusieurs biens. Si se tira vers Paris, et depois rassembla gens et alla vers où étoient les dits François, pour derechef à eux offrir la bataille ; mais, comme devant , ils firent réponse qu'ils avoienl fait ce pourquoi ils étoient venus. Et étoit avecque eux le seigneur de Gauconrt, qui bien servoit à la besogne , car moult étoit sage et prudent. Et tôt après se délogèrent du dit lieu de Yitry iceux François, et s'en retournèrent devers la dite ville de Lagny, où demeura le dit seigneur de Gaucoart, et les autres capitaines atout leurs
gens s'en retournèrent es pays dont ils étoient venus.
Et quant aux assiégés, ils firent moult réjouis et non point stns cause, quand en cette manière se virent délivrés de leurs ennemis, car moult avoient été oppressés , tant de famine comme d'autres mésaises ; car le siège y avoit bien été par l'espace de quatre mois ou environ , qu'ils n'avoient pu avoir aucuns vivres pour eux rafraîchir.
En ce même temps fut pris le chAtel de Monchaz en Normandie , appartenant au comte d'Eu , prisonnier en Angleterre ; lequel longtemps par avant tenoient les Anglois , et en étoit capitaine un nommé Brunelay, lequel pour ce temps se (enoit avec le duc de Bedfort au siège de Lagny-sur-Marne , et la prirent les prisonniers qui étoient lë^s de la partie du roi Charles. Si mandèrent tantôt , pour être leur capitaine , messire Regnault de Fontaines , qui se tenoit à Beauvais , lequel sans délai y alla atout quatre vingts combattants ou environ. Et par le moyen d'icelle fut faite forte guerre es marches de Yimeu et environ à ceux qui tenoient le parti du roi Henri et du duc de Bourgogne.