‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 576 sur 761 · CHAPITRE CXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXIV

Comment la guerre l'émut entre menire Jean et roe«ire Antoine de Vergj, d'une part, et le leignenr de Clitteau-VUain. d'autre part.

En cet an, s'émut grand discord entre messire Jean et messire Antoine de Vei^, chevaliers de Bourgogne, d'une part, et le seigneur deCbUteaa-Yilain, d'antre part, par le moyen

UVRE SECOND

duquel il commencèrent à faire guerre ouverte l'un contre l'autre. Et adonc le seigneur de Chftleau-Yilain, afin qu'il pût être plus Tort pour grever les dessus dits, se tourna du parti du roi Charles , avec lui messire Lëgier du Touteville , Jean de Yerpelleurs et aucuns autres gentibhommes , qui long temps par avant étoient ses alliés et bienveillants, en enfreignant le serment qu'ils avoient au duc de Bourgogne , leur naturel seigneur, duquel par avant iceiui seigneur de Château-Yilain avoit été moult familier, et avec ce renvoya au duc de Bedfort son ordre, qu'il avoit porté longue espace. Pour lequel renvoi iceiui duc fut moult indigné vers lui , et le biftma grandement en la présence de celui qui le dit ordre rapporta, pource que ainsi avoit faussé son serment vers lui ; et pareillement en fut le dit duc de Bourgogne très mal content quand ce vint à sa connoissance. Si récrivit aux gouverneurs de ses pays de Bourgogne que par tous les moyens que faire se pourroit ils missent peine de le grever et subjuguer; lesquels, en obéissant au dit duc, mirent son mandement à exécution. Toutefois , à l'occasion de celle guerre , les pays de Bourgogne eurent grands aflàires, parce que le dit seigneur de Chàteau-Yilain avoit plusieurs forteresses, lesquelles il garnit de ses alliés, qui moult les grevèrent. Néanmoins, par la puissance du dit duc de Bourgogne et l'aide des dessus dits seigneurs de Yergy et autres nobles du pays , fut contraint par teUe manière que la plus grand' partie de ses forteresses furent conquises et démolies : c'est à savoir Gaussy , Flongy , Ghallancy , Yilliers-le- Magnet, Mully, le chàtel SaintpUrban, Biaise, Saint-Vorge , Escalon, Yarville , Gussay , Romay, Yaudemont et de la Boncourt.

Devant lequel château de Gaussy, le siège y fut trois mois ou environ, lequel tenoit messire Jean de Yergy, chef principal de cette querelle, et aveoque lui messire Guillaume Beaufremont, Guillaume de Yienne et messire Charles de Yei^> avecque eux douze cents combattants. Auquel siège vint pour le lever le dit seigneur de Château-Yilain, le damoisel de Commercy et Robert de Yaudricourt atout seize cents combattants, et y eut très grand' escarmouche, en laquelle fut mort un seul homme tant seulement : néanmoins, le dessus dit seigneur de

Chàteau-Yilain, voyant que bonnement ne pouvoit lever le dit siège sans grand péril , pour la bonne ordonnance et assistance que y metloient ses ennemis, s'en retourna avecque les siens là dont il étoit venu, et bref ensuivant, messire Denis de Saint-Flour , qui tenoit iceiui fort, fit traité avec les commis du dit seigneur de Yergy, par condition que, en lui rendant le dit chàtel, lui et ses compagnons s'en iroient sauvement tous leurs bagages ; et ce conclu, retourna vers le roi , qui lui fil couper la tète pour aucunes raisons dont il fut accusé vers lui , et aussi pource qu'il avoit fait mourir sa femme.

En ce même temps, aucuns capitaines tenant le parti du duc de Bourgogne prirent d'emblée, par échelles, la ville d'Épernay, appartenant héréditablement à Charles, duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre, dedans laquelle furent faites très grandes dérisions, comme en ville conquise.

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