‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 581 sur 761 · CHAPITRE CXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIX

CoanneDt en U cité de Toonial eut grand trouMe et diaaension pour l'éTtebé d'iceUe, i cause de l« mort de l'évtque du dit lieu, messire Jean de Ton;.

En cet an mourut en la viDe de Lille maître Jean de Torsy, moult ancien, évèque de Tournai et chef du conseil du duc de Bourgogne. Au lieu duquel fut constitué évéque de la dite cité par notre saint père le pape Jean de Harcourt , qui étoil évèque d'Amiens. Pour laquelle constitution le duc de Bourgogne ne fut pas bien content, pource que de ceUe évéché Tooloil pourvoir un sien conseiller nommé matlre Jean Ghevrot, archidiacre du Yulguessin en l'église de Rouen. Et mèmement avoit autrefois parié au dit Harcourt, afin que si celui évéché étoit vacant qu'il ne le voulût pas impètrer, lequel, comme disoit le dit duc, lui avoit accordé de le non prendre. Toutefois, après que le dessus dit de Harcourt en fut en possession, le dessus dit fit défendre par tous ses pays, tant en Flandre comme ailleurs, qu'on ne fit nulle obéissance au dessus dit de Harcourt, et avec tout ce, lui furent arrêtées toutes les rentes et revenus d'icelui évèohé, qui, ou la plus grand partie , étoient es pays dessus dits, et furent données au^lessus dit duc, dootieelui de Harcourt eut grand deuil en son cœur. Néanmoins , espérant trouver ses moyens, demeura longue espace dedans la ville de Tournai, où il vécut en simple état, et y étoit obéi et très bien aimé des bourgeois et habitants d'icdie cité.

Durant lequel temps vaqua l'archevêché de Narbonne, laquelle, pour l'amour et faveur d'icelui duc de Bourgogne, fut donnée par notre saint père le pape à Jean de Harcourt, et le dit évècbé de Tournai fût octroyé au dit maître JeanQievrot; et fit le pape celte translation pour contenter les deux parties, et par spécial le dit duc, dont le dit de Harcourt ne fut bien content, et y mit plusieurs oppositions, disant que le pape lui (hisoit tout ce pour le destituer

du dit évéché de Tournai ; et par ainsi ietHai duc de Bourgogne, voyantqu'il ne vouloit obéir au mandement du saint père, fut de lui et de ceux de Tournai plus mal content que devant. Si fit derechef défendre par tous ses pays que nul ne port&t vivres en icelle ville de Tournai, sur peine de confiscation de corps et de biens, et avec ce, que tout homme qui pourroit savoir sur les biens d'aucuns des babilants les nonçassent aux officiers du dit duc, et ils seroient pris comme confisqués. El furent, à roccasion de cette tribulation, faits plusieurs maux bien par l'espace de quatre ou cinq ans, durant lesquels fut, de par le duc, le comte d'Elampes, accompagné de plusieurs chevaliers et écuyers, envoyé en la dite ville de Tournai, où étoit le dessus dit de Harcourt, pour prendre possession pour ledit maître Jean Ghevrot. Si advint que quand le dessus dit comte d'Etampes fut en la ville de Tournai et qu'il eut ordonné i prendre possession à un nommé maître Etienne Vivien, une grande partie de ceux de la ville ne furent point de ce contents , et s'assemblèrent en grand nombre par manière de commotion.

Si allèrent à l'église, où étoit le dit Vivien assis en la chaire de l'évèque, faisant les cérémonies et appréhensions qui lui avoient été commises à faire au nom d'icelui Ghevrot, en prenant la possession de l'évèché, et le tirèrent jus de ladite chaire très durement, en lui dérompant son surplis et autres habillements. Et en y eut plusieurs qui en icelle fureur le vouloient mettre à mort ; mais pour les apaiser, la justice de la ville le fit prendre et mettre prisonnier, en donnant à entendre à ces communes qu'il seroit puni par la dite justice, et qu'ils fussent contents. Et aussi le dit Jean de Harcourt, pour qui la dite commotion se faisoit, les refréna par douces paroles et amodérèes, en eux remontrant amiablement qu'ils se retrahissent en leurs maisons, disant que tout se feroit bien, et qu'il garderoit son droit par justice. Après lesquelles besognes et plusieurs autres, icelles eommunes se retrahirent, et se excusèrent les officiers, c'est A savoir ceux de la loi et autres plus notables, envers le comte d'Etampes de la dite commotion , car ils en doutoient grandement pis valoir au temps à venir.

Et après toutes ces besognes , le dit comte

ŒRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET.

d'Ëtampes et ceux de son conseil, voyant que autre chose n'en pourroient faire, se départirent de là, et s'en retournèrent A Arras devers le duc de Bourgogne , auquel il raconta l'état et la manière de ce qui avoit été fait en la dite ville de Tournai, dont le dit duc, en persévérant de mal en pis, fut très mal content de ceux d'icelle cité. Et finalement , pour et à la cause de la division d'iceux deux évèchés, advinrent à plusieurs gens de divers états de grands tribulations et misères ; et mèmement , après la paix faite A Arras entre le roi Charles elle duc de Bourgogne , fut le dessus dit roi très mal content des manières que tenoit icelui duc contre ceux de Tournai, voulant soutenir icelui de Harcourt. Lequel de Harcourt, sachant que le dit duc de Bourgogne ètoit du tout conclu et obstiné de soutenir maître Jean Ghevrot, et aussi voyant que par nul moyen il ne pouvoit jouir paisiblement des biens et fruits d'iceiui évèché, et avec ce, que ses terres de Hainaut étoient arrêtées et mises en la main du dessus dit duc, il se départit de la dite ville de Tournai, et s'en alla à privée mesgnie devers le roi, qui lui fit grande réception, et de là s'en retrahit en son archevêché de Narbonne; et par ainsi icelui mattre Jean Ghevrot demeura paisible en son évèché de Tournai, et fit prendre la possession par un chanoine de Gambrai, nommé mattre Robert d'Auclair, qui, pour le dessus dit, fut assez courtoisement reçu et obéi comme son procureur.

GHAPITRE GXL.

Coramenl lei François firent pliuieun conquilestor lei marche! de Bourgogne.

En ce temps, vinrent devers le duc de Bourgogne certains ambassadeurs envoyés par les trois états de la duché et comté de Bourgogne, lesquels lui dirent et exposèrent les grands desrois et exercions que les gens du roi Gharles faisoient par feu et par épée en ses dits pays, et par spécial ceux de son beau-^yère le duc de Bourbon, disant que déjà avoient pris par force plusieurs bonnes villes et forteresses, et chacun jour s'efforçoient de conquerre plus avant; pour quoi le pays étoit en danger d'être détruit, si briève provision n'y étoit mise, lui requérant très humblement que de sa grâce il y voul-

stt remédier de sa puissance magnifique , et y aller personnellement atout ses gens d'armes. Lequel duc, celte requête ouïe, fit assembler son conseil, et avecque icelui conclut que bref ensuivant il feroit assembler tous les gens de guerre de ses pays de Brabant , de Flandre, d'Artois, de Hainaut et autres marches à lui obéissants.

Et lors furent mis clercs en œuvre à écrire lettres adressants à tous les capitaines, et aussi aux chevaliers et ëcùyers , et autres gens de guerre qui avoient accoutumé d'eux armer, contenant que sans délai se missent sus pour être prêts et appareillés à l'entrée du mois de mai, atout ce que chacun pourroit Bner de gens d'armes, tant hommes d'armes comme archers, à aller en sa compagnie là où il les vouloit conduire et mener ; lesquels capitaines, oUi le mandement de leur prince et seigneur, firent leur assemblée, et se préparèrent diligemment. Et en y eut grand' partie, lesquels mirent leurs gens sur les champs, dont le pays de Picardie, d'Artois, PonOiieu, Tournésis, Ostrevant, Gambrésis, Yermandois et les marches à l'envinn furent grandement travaillées , pour tant que le dessus dit duc de Bourgogne n'eut pas si en bâte et vitement apprêté ses besognes pour partir et faire son voyage; et demeurèrent iceux gens d'armes par l'espace d'un dmms et plus, en mangeant toujours le pays dessus dit.

En la fin duquel mois, le dit duc de Bourgogne , qui de plusieurs parties de ses pays avoit fait grandes apprêtes et préparations de chariots, artilleries et de toutes autres manières d'habillement de guerre , se partit de la ville d'Arras, le vingtième jour de juin, avecque lui plusieurs capitaines, et y fut sa femme la duchesse, qui avoit avecque elle tant de dames etdamoisclles que autres femmes servants, tant qu'elles étoient bien jusqu'au nombre de quarante ou au-dessus, et vint au gtte jusqu'à Cambrai. En laquelle cité se retrahit vers lui messire Jean de Luxembourg, qui lui requit d'aller en son chàtel de Bohain , lequd lui accorda. Et après le lendemain, incontinent qu'ils eurent ouïe messe dedans l'église Notre-Dame de Cambrai , lui et sa femme la duchesse , et qu'ils eurent pris leur réfection , ils s'en allèrent au dit château de Bohain , où ils furent

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