‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 638 sur 761 · CHAPITRE CLXXXVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVni

Comment lea Anglois miéEèrent l« Tille de Saint-Denia en Frasée, laquelle enfin leur fut rendue par trailé.

Durant le temps dessus dit, les Anglob et leurs alliés qui éloienl en l'Ile-de-France assiégèrent très puissamment la ville de Saint- Denis tout à ['environ, et y éloienl comme chefs et conducteurs des dits assiégeants le maréchal de TUe-Adam, le seigneur de Talbot, le seigneur de Yilleby, le seigneur de Scalles, Georges de Richammes, Waleran de Moreul , niessire Jean , b&tard de Saint-Pol ; Louis de Luxembourg, son frère; messire Ferry de MaiUy, Robert de Neuville, le bfltard de Thien, chevalier françois; l'Aragonois, et autres notables et experts hommes de guerre, de la nation de France et d'Angleterre, accompagnés de six cents comballants ou environ, qui en grand' diligence approchèrent leurs ennemis, et dressèrent contre les portes et murailles d'icelle ville de Saint-Denis plusieurs engins, pour iceux confondre et atiattre. Si étoieat souvent visités et administrés de oe que besoin leur éloit par Louis de Luxembourg, évèque de Thérouenne, chancelier du rot Henri , lequel étoit principal gouverneur dedans Paris et es mettes de l'Ile-de-France , pour le dessus dit roi Henri. Dedans laquelle ville de Saint-Denis éloienl, de la partie du roi Charles, le maréehal de Rieux , messire Jean

Foucaalt,menire Loait de TawKMirt, messire Régnant de Saint-Jean, Arthus de La Tour 'et plusieurs autres vaillants hommes de guerre avecque eux , Jusqu'au nombre de seize cents combattants. Lesquels en très grand' hardiesse, eux voyant ainsi être approchés de leurs ennemis , se préparèrent à résister de toutes leurs forces contre eux; et de fait, grand' partie d'eux se logèrent sor la muraille, elle se le* noient de jour et de nuit pour être au plus près de leur défense. Toutefois , les dessus dites portes et murailles furent fort empirées en phMieurs lieux par les engins d'iceux assiégeants , et tant qu'à l'occasion des dits empirements les capitaines prirent oonclusion l'un avecque l'autre d'assaillir la ville en plusieurs parties, espérant prendre et gagner icelle ville de force. Si firent un certain jour amener leurs gens , et devisèrent auquel côté chacun des dits capitaines devoit assaillir; et, par une ordonnance , atout échelles et plusieurs autres instnim«ils de guerre, allèrent iceux Jusqu'aux fossés, qui étoient garnis d'eau. Si eus» siex pu là voir les gens d'armes eux employer à passer parmi la dite eau , jusqu'au col , et porter les dites éehelles, et monter amont , en plusieurs et divers lieux, jusqu'aux murs, sans montrer semblant de peur. Et lors les assiégés considérant que s'ils étoient pris de force ne seroienl point quittes pour seulement perdre la ville, mais en tant que touchoit à leur vie , se mirent à défense très vaillamment, et avoient ordonné à chacune de leurs gardes aucuns de leurs capitaines , atout certain nombre de gens; lesquels, pour chose qu'ils ouïssent et vissent, ne se dévoient partir d'icelles, elle dessus dit maréchal de Rieux avoit certain nombre de gens d'armes allant d'un lez à l'autre , pour aider à secourir ceux qui en auroient besoin. Si commença l'assaut, dur, merveilleux et cruel, par l'espace de deux heures ou environ, auquel, tant des assaillants comme des défendants, furent faites de grands vaillances , et forent à icelui assaut faits nouveaux chevaliers Louis de Luxembourg , bâtard de Saint-Pol , lequel s'y gouverna moult vaillamment; Jean de Humières, Robert de Neuville et aucuns autres. Toutefois, après qu'iceux assaillants eurent au dit assaut bien perdu quatre vifigls bommef ou mieux de

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

leurs gens, qui fureat morts aux fossés et auprès d^s murs , voyant que bonnement ne pourroiçnt venir à chef de telle besogne sans recevoir trop grand exil et perte de leurs gens, les capitaines firent sonner la retraite , et emmenèrent et emportèrent plusieurs des leurs qui étoient morts et navrés. Et pareillement les défendeurs firent grand' perte de leurs gens , et furent en grand doute que leurs ennemis ne contraignissent derechef par continuation de nouveaux assauts. Néanmoins, espérant avoir secours par le connétable, qui étoit à la convention d'Arras, et autres François de leurs gens, ils renforcèrent leurs portes et murailles, qui éloient rompues en plusieurs lieux, et s'apprêtèrent de nouvel pour eux défendre au mieux que faire le purent. Lequel connétable , après que la paix fut conclue à Arras, comme dit est dessus, se départit de là atout grand' partie de nobles hommes qui étoient à !a dite convention, et alla à Sentis et demanda à venir devers lui les François de plusieurs parties, 'en intention de lever le dit siège; mais, A bref dire, il ne trouva point en son conseil qu'il eut puissance de ce faire. Et pour tant le dit maréchal et les siens, qui assez fureat avertis de non avoir secours, traitèrent avec les capitaines des Anglois par tel si qu'ils leur rendroient la ville de Saini-Dmiis , et s'en iroient saufs leurs corps et leurs biens , en rendant aussi les prisonniers qu'ils avoient pris dorant le siège, desquels en étoit un messire Jean de Humières, dessus dit. Lequel traité conclu et accompli , se partirent iceox devant dits François sous bon sauf-conduit , qui éloient bien seise cents chevaux ou environ. Et pareillement aussi y avoit de très experts et très vaillants hommes de guerre et de grand renom. Si s'en partirent et allèrent es places de leur obéissance, et laissèrent en ic^le dite ville de Saint-Denis aucuns de leurs capitaines et chevaliers morts , c'est à savoir messire Louis de Yaucourt , messire Regnault de Saint-Jean, Arthus de La Tour, un nommé Josselinet aucuns autres, dont ils étoient moult dolents. Après lequel département, la dite ville de Saint-Denis fut regarnée de par le roi Henri, et bref ensuivant, les Picards, qui étoient déi& avertis de la paix faite A Arras entre le roi Charles et le duc de Bourgogne, prirent congé

au plus I6t qu'ils purent aux dessus dits capitaines anglois, et s'en retournèrent sans perle en leur pays. Et entre-temps, les François prirent d'enÂlée le pont de Meulan , et mirent i mort environ vingt Anglois qui le gardoient. Pour laquelle prise les Parisiens furent fort troublés, pource que le passage par où ils venoient atout leurs vivres de Normandie éloit clos.

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