‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 642 sur 761 · CHAPITRE CXCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCI

ConuMOl, apréf U piix d'Arru, 1« due de Bourgogne cnvOfa aucuns de m* oOrien d'trroei deven le roi d'Angleterre et MU conseil, pour remontrer les causes de U paix qu'il •voit bile au roi de France.

Après le département de la paix d'Arras, le duc de Bourgogne envoya son roi d'armes de la Toison et im sien héraut avec lui, nommé Franche-Comté, en Angleterre, devers le roi Henri, atout lettres de par le dit duc, èsquelles étoient contenues plusieurs remontrances pour icelui roi et son conseil attraire an bien de paix finale avec le roi Charles, signifiant aussi comment, par l'exhortation des légats de nôtre saint père le pape et du concile de B&le, et avecque ce des trois états de tout le pays, il avoit fait paix et réunion avec le dessusdit

roi, son souverain seigneur, en délaissant celle de Jadis qu'il avoit faite avec le dit roi Henri son père. Avec lesquels alla un f^ère mendiant, docteur en théologie, qui avoit charge , de par les deux cardinaux qui avoient été à la dite paix d'Arras, de proposer en la présence du dit roi d'Angleterre et de son conseil , en eux remontrant les grands cruautés et innumérables tyrannies qui se faisoient par la chrétienté à l'occasion de la guerre , et les biens qui pouvoient advenir si la paix finale se faisoit entre les deux rois d'Angleterre. Si s'en allèrent les trois dessus dits à Calais, et là passèrent la mer et arrivèrent à Douvres , où on leur fit dèfmse de par le roi Henri qu'ils ne se départissent de leurs hàléls. Si leur tarent demandées leurs lettres, lesquelles ib baillèrent, et furent portées à Londres devers le roi Henri, et d^uis furent conduits par divers lieux Jusqu'à Londres.

Si rencontrèrent en leur chemin un oflicier d'armes et le clerc du trésorier d'Angleterre , qui les menèrent loger en icelle ville, en l'bfttel d'un cordonnier, où ils furent par aucuns Jours; et n'alloient ouïr messe, sinon sous la conduite d'aucuns hérauts et poursuivants, qui là les visitoient souvent ; car on leur fit défense qu'ils ne partissent de leurs hôtels sans congé et sans licence. Si ètment en très grand doute qu'on ne leur fit aucune mauvaise compagnie de leurs personnes, pour les nouvelles qu'ils avoient [apportées. Et Jà soit ce que le docteur dessus dit envoyé de par les deux cardinaux qui avcnent été en la dite paix et ieenx deux officiers d'armes fissent plusieurs requêtes & ceux qui leur administroient qu'ils les fissent parler au roi et à son conseil, pour dire et remontrer la charge qu'ils avoient de leurs seigneurs et mattres , néanmoins onoques ne pouvoimt avoir audience de parler à eux. Toutefois le trésorier d'Angleterre , à qui les lettres dessus dites avoient été baillées, assembla devant le roi le cardinal de Yincestre , lé duc de Glocestre et plusieurs autres princes et prélats, et le conseil royal l&étaht en grand nombre de noMes homm^ , et là montra les lettres que le duc de Bourgogne écrivoit au roi et à son conseil, desquelles l'intituhire et soperscnption n'étoit pas pareille aux autres que par ayant, de long temps , par piasieurs

CHRONIQUES D'ËNGUBRRAND DE MONSTRELET

foit lui atoit envoyées, pooroe que par kdles nommoit le roi d'Anglelerre haut et puissant prince, son cher seigneur et cousin, en délais* sant & le reoonnottre son souverain seigneur, ainsi et par la manière que toujours l'avoit fait par avant en ses autres lettres , que par mooH de fois lui avoit écrites. De la lecture dM> quelles , sans y faire quelque réponse, toM ceux qui éloient au conseil gënéraleraent fo* rent moult émerveillés quand ils les oidrent. Et mêoiement , le jeune roi Henri prit en ce si grand' déplaisance que les laranes lui saillirent bors des yeux, et dit à aueuts de ses privés conseillers qu'il téoit bien que k doc de Bourgogne s'étoil ainsi déloyauté devers lui et réconcilié avec le roi Gbaries, son ennemi, ses seigneuries des parties de France en vau* droient beaucoup pis.

En outre, le dessus dit cardinal et le duo de Gloceslre se partirent du conseil tout confus et troublés, et aussi firent plusieurs autres, sans en prendre aucune conclusion , sinon d'eux assembler par plusieurs troupeaux, et dire l'un à l'autre plusieurs injures et rq[)roche8 du dessus dit duc de Bourgogne et ceux de son consejl. Et assez bref ensuivant, furent les nou» velles toutes communes avant la ville de Londres. Si n'étoit pas fils de bonne mère qui ne disoit de grands maut et viUainies d'ioelut duo et de ses pays. Si se nirent ensemble plusieurs du commun et allèrent en divers lieux , parmi la dite ville , pour quérir aucuns Flamands , Hollandois, Brabançons, Picards, itennnyers et autres des pays du dit due qui là étoient pour tnre leurs marcbandiseS , non eux doutant de cette aventure. Et en cette fureur en prirentetoeeirent aucuns soudainement ; mus, bref ensuivant, on les fit cesser de par le roi Henri, et mettre les dessus dits en justice. Et aucuns jours après, le roi et son conseil se mirent pour avoir avis sur la réponse qu'ils dévoient faire aux lettres dessus dites , et y en eut de diverses opinions ; car les uns vouloient qu'on fit guerre soudaine au duc de Bourguignon, et les autres conseillèrent, pour mieux, qu'on le sommât par lettres ou autrement.

Et entre-temps que les dits conseillers s'entretenoient, tint devers le roi nouvelles comment le ^0 de Bourgogne , en lui paeiiMt vm le roi Charles, devott avoir les villes, fer*

téresses, seigneuries et aj^rtenances de Saint- Quentin, Coibie, Amiens, Saint-Riquier, Abbeville, Dowlens et MontreuH, lesquels étoient paravaiit du doamine et possession d'icelui roi Henri d'Angleterre , çt que déjà en avoit pris les serments d'icelles , et y avoit commis to«s nouveaux officiers. El pour tant, en allant de mal en pis , furent de ce plus mal contents que devant, et enfin conclurent qu'ils ne rëcri* roient point. Et adonc , le dessus dit trésorier alla devers les trois dessus nommés à leur hôtellerie, et dit à Toison-d'Or et à Franche- Comté, son compagnon , comment le roi , accompagné de son sang et seigneurs de son conseil , avoit vu et visité les lettres qu'ils avoient apportées , desquelles et du contenu en icelles ils avoient grosses merveilles, et aveoque ce des manières que tenoienl le dit duc de Bourgogne envers le roi, à quoi il avoit intention d'y pourvoir sur tout, quand à Dieu plairoit. Et nonobstant que les officiers d'armes de par le dit duc de Bourgogne fissent idusieurs fois requêtes d'avoir réponse par écrit, oncques ne la purent obtenir; mais leur fut dit qu'ils s'en retournassent en leur pays. Lesquels, voyant qu'autre chose n'en pouvoient avoir, repassèrent la mer, et rapportèrent de bouche au duc de Bourgogne , leur seigneur, ce qu'ils avoient trouvé. Et le docteur s'en rel<Mima aussi devers ceux qui lui avoient envoyé, sans rien besogner. Si eurent, durant ce voyage , de grands doutes qu'on ne leur fit déplaisir, ponrce qu'en plusieurs lieux d'Angleterre ouirent de grands murmures et blasphèmes faire contre le dit duc de Bourgogne, et ne leur fut point fait telle ni si amiable réception comme ik avoient accoutumé qu'on leur fît.

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