‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 645 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

avant qu'ils assaillissent les dites maisons; mais enfin fut du tout conquise à peu de dommage pour les dits François. Si y étoit commis lieutenant du capitaine un nommé Morlemcr , qui s'enfuit avec plusieurs autres Anglois ; et y fut pris le seigneur de Blosseville ; et à la première venue n'y furent morts que trois ou quatre Anglois de la garnison ; mais plusieurs y furent pris, c'est à savoir de ceux qui plus fort avoicnt tenu la partie des dessus dits Anglois ; et au regard de leurs biens, en y eut largement pris comme conQsqués, sinon de c«;ux qui vouloient faire serment de demeurer bons François. Et y avoit au havre très grand nombre do navires, dont la plus grand' partie demeurèrent avec les dessus dits François. Et ce même jour ou lendemain, on fit crier que tous les étrangers s'en allassent où bon leur sembleroit, réservé ceux qui vouloient faire serment. Si en demeura le dit Charles DesMarèts capitaine, du consentement de tous le» autres , pour le roi de France.

Pour laquelle prise , tous les Anglois généralement du pays de Normandie furent très fort troublés et marris, et non point sans cause; car icelle ville de Dieppe étoit merveilleusement forte et bien garnie sur un des bons pays de Normandie. Et outre, assez bref ensuivant, V inrent les François au dit lieu de Dieppe au pays à l'environ de trois à quatre mille chevaux , sous la conduite d'Antoine de Chabannes , Blanchefort , Polhon le Bourguignon , Pierre Begnault et autres capitaines ; et depuis se bouta Pothon de Sainle-'Treille, Jean d'Estouleville. Robinet, son frère, le seigneur de Montreuil - Bellay et plusieurs autres nobles seigneurs et chefs de guerre. Et aussi pareillement y vint un capitaine de communes, loque! se nommoit le Kiriennier, atout bien quatre mille paysans du pays de Normandie, qui s'allia avecque les dessus dits François, et fil serment au maréchal dessus nommé de guerroyer hardiment et faire forte guerre aux devant dits Anglois. Et quand toutes ces compagnies furent assemblét» ensemble, ils se mirent par bonne ordonnance sur les champs, et la veille de Nœl allèrent tous ensemble devant la ville de Fécamp, laquelle, par le moyen du seigneur de Malleville , fut rendue au dit maréchal, mQyennaot qu'ils demeureroient paisi-

bles ; et y fut commis capitaine le dit Jean d'EstouleviUe; et le lendemain de Noël allèrent devant Mouslier-Yilliers, qui se rendit pareilreillement , et en fut cause un Gascon qui se nommoit Jean du Puis , lequel y étoit de par les Anglois. Si commit le dit maréchal de Rieux un nommé Courbcnlon. Et alors vcnoient et approchoienl les François de tous côtés , et avecque ceux firent serment au dit maréchal plusieurs nobles hommes du pays de Normandie. Si allèrent tous ensemble devant Harfieur et l'assaillirent tous moult vaillamment; mais par force furent reboutés arrière de ceux de dedans et y perdirent quarante hommes de leurs gens, qui y furent morts; desquels furent les principaux le dit seigneur de Monlreuil-Bellay cl le baiard de Langlc. Si conclurent derechef les assaillir ; mais ceux de la ville firent traité d'eux rendre par tel si que bien quatre cents Anglois qui éloicnt dedans s'en iroient sauvement atout leurs biens. Si en étoit leur capitaine un nommé Guillaume Minors, qui se départirent atout leurs biens, et ceux de la dite ville firent le serment. Et en ce même temps, se rendirent de la partie du roi les villes ensuivant : c'est à savoir le Boc-Crépin, Tancarville, Gomusseule, les Loges, Yalemont, Granville, Longuevillc, Neuville, Lambrcville et autres forteresses, au très petit dommage d'iceux François. El puis vint avecque eux Arthus, comte de Richcmont, connétable de France, auquel depuis sa venue se rendirent Chastel-Mesnil , Aumarle, Saint- Gcrmain-sur-Bailly, Fontaine, Le Bourg- Préaux , Blainville et aucunes autres places, èsquelles partout on mettoit garnison. Si fut celte saison la plus grande partie du pays do Caux conquis. Mais, par faute de vivres, il convint que les François se séparassent l'un de l'autre ; et pour ce, comme dit est , mirent leurs garnisons sur les frontières et se retrahirent les principaux capitaines hors du pays. Et furent à ces conquêtes dessus dites le dit Charles Des Marêts et Richarville, qui se partirent de Dieppe et se mirent aux champs; si trouvèrent le dessus dit maréchal, le seigneur de Torsy, Pothon le Bourguignon, Broussart, Blanchefort, Jean d'Estouteville et plusieurs autres capitaines, hommes de grand' façon et droites gens de guerre. Avecque le»-

CHRONIQUES D'ENGUERRANn DE MONSTRELET.

quels et en icelles conquêtes faisant, s'allia le dessus dit Kiriennier atout six mille combat* lants , gens de communes , pour achever les dessus dites besognes.

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