liVRE SECOND
Alt délibéré en (kit fait. Et en bref vinrent devant et l'environnèrent de toutes parts ; dont les Anglois furent moult ébahis ; car ils étoient bien avant au pays, et avoient petite espérance d'avoir secours, et si n'étoient mie fort pourvus de vivres. Néanmoins, ils montrèrent semblant d'avoir bonne espérance d'eux tenir et défendre ; et , jà soit ce que par le dit connétable furent sommés d'eux rendre, sauve leur vie, ils firent réponse que n'étoient point conseillés de ce faire ; et dirent qu'il coûteroit chèrement avant que ce fissent. Toutefois au troisième jour furent si fièrement et âpremenl assaillis par les dits François qu'ils furent pris de force. Si y eut la plus grand' partie pendus, et par spécial ceux qui furent natifs du royaume de France ; et les autres furent délivrés en payant finance. Et après , les seigneurs dessus dits, partants du dit lieu de Chateau-Landon , allèrent mettre lo siège devant Nemours , lequel se tint environ douze jours ; au bout duquel temps, ceux de dedans se rendirent, saufs leurs vies et leurs biens , et s'en allèrent i Montereau. Et entre-temps, messire Gaston de Logus, bailli de Bourges en Berri, et autres capitaines aHérent assiéger la ville et château de Temy , que tenoient les dessus dits Anglois ; lesquels, dedans befs jours ensuivant , se rendirent, moyennant qu'ils s'en iraient sauvement atout leurs biens. Et quand ils se partirent de là atout leurs saufs-conduits, le dessus dit messire Gaston, qui étoit monté sur un bon coursier , les convoya im petit ; mais en le férant de l'éperon et tournant, ioelui coursier chat dangereusement; et se tua le dit chevalier tout mort. Au lieu duquel Potbon de Sainte-Treille fut , de par le roi , constitué bailli de Bourges.
TaatM après, le roi atout sa compagnie vint A Gien, à Sens en Bourgogne, et de li à Braysur-Seine ; duquel lieu il envoya devant Montereau-Faut- Yonne le seigneur de Gaucourt , messire Denis de Sailly , Pothon de Sainte- TreiUe et Boussac , le bâtard de Beaumanoir et aucuns autres capitaines atout environ seize cents condtattants, lesquels se logèrent sur une montagne vers le cbfttel sur la Brie. Et devant ioelui cMIel firent faire une grosse bastille et paissante, où il se logèrent et fortifièrent en grand' diligence. £t de l'antre cdté , vers Gft*
tinois, vinrent le dit connétable, le comte de Perdiac, le bâtard d'Orléans, messire Jacques de Cbabannes et leurs gens , dont dessus est Mite mention, lesquels se logèrent assez prés de la ville. En après vinrent le seigneur de Valognes, messire Anselin de La Tour , bailli de Vitry , Regnault Guillaume , bailli de Montargis , lesquels se logèrent dedans l'tle entre les deux rivières. Et par ainsi la dite ville et le chftlel de Montereau-Faut-Yonne furent environnés de tous côtés par les gens du roi de France , lesquels firent asseoir en plusieurs lieux plusieurs gros engins , dont la muraille fut en assez bref terme très fort endommagée. Dedans laquelle ville et ch&teau étoit , de par le roi d'Angleterre, capitaine-général un nommé Thomas Gérard, et avecque lui Mondo de Montferrant, Mondo de Lausay et plusieurs autres compagnons de guerre , jusqu'au nombre de trois ou quatre cents combattants , lesquels firent très grand' résistance contre leurs adversaires et ennemis , selon qu'ils leur étoit possible. Et avoient grand' espérance d'avoir secours par les capitaines qui gouvemoientde par le roi d'Angleterre an pays de Normandie, car ainsi leur avoit été promis. En après vint le roi de France dessus dit , très grandement accompagné, de Bray-sur-Seine, au dit lieu de Montereau ; et se logea dedans la forte bastille dessus dite. Si avoit bien avec lui de six à sept mille combattants , gens de bonne étoffe et très bien habillés ; et depuis sa venue fit faire monlt grands diligences, tant d'approcher la dite ville comme de faire jeter ses gros engins, et lui-même de sa personne y prit moult grand travail. Et enfin , au bout de six semaines ou environ , après icdui siège mis , (tat finablement, par le roi et ses gens , la dite ville prise d'assaut, A petite perte des assaillants. Et au regard des assiégés , en furent morts de vingt A trente ou environ, et autant de pris , desquels la plus grand' partie (Virent pendus. Si entra ioelui roi assez tM après dedans ; et pour vrai il défendit qu'on ne méflt rien aux bonnes gens de la ville, tant aux hommes comme aux femmes qui s'étoienl retraits en l'église, quant A leurs personnes; mais, quant au regard de leurs biens , tout fui pris et pillé comme ville conquise. Auquel assaut forent faits plusieurs chevaliers, c'est A savoir
le Jeune comte de TaDcarville , fils de messire Jacques de Harcourt, Robert de Bëlhune, seigneur de Moreul , en bref et aucuns autres. En outre, le roi et grand' partie de ses princes se logèrent dedans la dite ville. Et environ quinze Jours ensuivant, ceux du dit ch&tel se rendirent au roi , par tel si qu'ils s'en iroient saurs leurs vies et leurs biens. Après laquelle reddition fut constitué capitaine le bâtard d'Orléans, qui le regarnit de ses gens. Et toutes ces besognes achevées, le dessus dit roi Charles, avecque lui son fils et autres grands et nobles princes, s'en alla à Melun ; et les gens d'armes par compagnies se tirèrent en divers lieux, mais la plus grand' partie allèrent vers Paris.