‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 713 sur 761 · LIVRE SEœND · texte numérisé non relu

LIVRE SEœND

tous ceux de son conseil, requirent très humblement qu'il lui plût leur pardonner leur mal talent, et aux dessus dits trois seigneurs dé La Trimouille, de Cbaumont et de Prie. £t le roi répondit qu'il n'en feroit rien, mais qu'il éloit assez bien content qu'ils retournassent chacun en leurs maisons et domiciles. £t adonc dit le dauphin au roi : « Monseigneur, donc faut-il » que Je m'en revoise, car ainsi leur ai pro- » mis. » Et lors le roi, non content de cette pa* rôle, répondit à ce, et lui dit : « Louis, les por- » tes sont ouvertes ; et si elles ne tous sont » assez grands, je vous en ferai abattre seize ou » vingt toises du mur pour passer où mieux » vous semblera. Tous êtes mon fils, et ne vous M pouvez obliger à quelque personne sans mon » congé et consentement ; mais s'il vous platl » en aller, si vous en allez ; car au plaisir de » Dieu nous trouverons aucuns de notre sang » qui nous aideront mieux à maintenir et en- » Irelenir notre honneur et seigneurie qu'en- » core n'avex fait jusqu'à ci. »

Après lesquelles paroles , le roi le laissa ; et alla parler au dit duc de Bourbon, qui preste» ment lui fit serment de le servir et obéir à toujours mais. Et d'autre part, ôla et destitua tous les oflilciers et gouverneurs du dit dauphin, ré« serves son confesseur et son cuisinier. Et au regard du traité du dit duc de Bourbon, il pro> mit de rendre et restituer dedans la main du roi, en brefs jours après ensuivant, Corbeil, le bois de Yincennes, Sancerre et le chfltel de Loches, lesquelles places il tenoit en sa main ; et ne voulut point le roi nullement consentir que ses gens d'armes se départissent du pays de Bourbonnois et d'Auvergne Jusqu'à ce qu'il fût assuré d'avoir et posséder en sa main toutes les places dessus dites. Et pareillement pardonna le roi au dit duc d'Alençon, au comte de Vendôme et plusieurs autres grands seigneurs et nobles princes qui avoient accompagné le dauphin es besognes dessus dites. Et quand tout ce fut fait et accompli en la manière dessus dite, et que le dauphin fût content de demeurer avccque le roi son père, on cria la paix, dont la teneur s'ensuit :

« On vous fait à savoir, de par le roi , que monseigneur le dauphin et monseigneur le duc de Bourbon sont venus devers lui en très grand' humilité et obéissanre; et les a le mi reçus

très amiabicment en sa botihe grâce , et tout pardonné. Et par ce, veut et ordonne que tou^ tes guerres et voies de fait cessent ; et que ott ne prenhe nuls prisonniers, laboureurs et autres gens quelconques, ni bétail ni autres biens, et que nuls ne fassent nulles extorsions l'un contre l'autre, soit en prenant places ou autrement ; et que toutes gens puissent aller et venir sûrement, faisants leurs besognes, sans ce qu'on leur méfasse aucunement ; et aussi que nulles places ne soient abattues ni démolies es pays de mon dit seigneur de Bouiton ni ailleurs.

» Donné à Gusset, le vingt-quatrième Jour de Juillet l'an mil quatre cent et quarante. »

Et étoit écrit dessous : « De par le roi et son grand-conseil. Ainsi signé. De Jugon. »

En outre, dedans assez brefs jours après ensuivant, le roi bailla à Son dit fils le dauphin le gouvernement du Dauphiné. Si flt assez tôt après départir les gens d'armes des pays du duc de Bourbon, et leur donna congé de tirer vers Orléans et devers Paris.

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