‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 716 sur 761 · LIVRE SECOM · texte numérisé non relu

LIVRE SECOM

sire Jacques do llincourt, Hector de Fol, Guillot de Las, et Jean Gentil.

Si étoient iceux secourants toutes gens d'armes à l'élite, lesquels, passants les marches de Paris, se tirèrent assez soudainement jusqu'à Amiens et Corbie, où ils passèrent la rivière de Somme; et de là, parmi Ponlhieu , allèrent à Abbeville, où ils firent leur assemblée et tinrent conseil pour prendre conclusion pour poursuivir leur entreprise. Si se mirent avec eux, des marches de Picardie, atout leurs gens, les seigneurs d'Auxy et de Humières, Jean d'Aiily, seigneur d'Araine, Guillaume Le Jeune, seigneur de Cousay, et plusieurs autres gentilshommes. Et après que tous ensemble curent délibéré ce qu'ils avoicnt à Taire, ils firent charger, pour mener avec eux, trente chariots d'artillerie ou environ, et des vivres et autres engins et habillements de gue/rc. Et puis, eux parlant d' Abbeville en très belle et bonne ordonnance, allèrent à Eu; et faisoient l'avant-garde le bâtard de Bourbon et La Hire. De laquelle ville d'Eu allèrent loger en un village nommé le Bourg de Dun, la plus grand' partie; et le dit comte se logea & Saint- Aubin en Gaux. Mais en ce même jour, sur les vêpres, le seigneur de Gaucourt, qui éloil demeuré derrière. Tut pris d'environ dix-huit Angloîs qui suivoient leurs traces, lesquels l'emmenèrent prisonnier au Neufchatel de Hincourt; et depuis fut délivré en payant grand' somme d'argent. Auquel lieu de Saint-Aubin, le dit comte d'Eu ouït nouvelles qu'un nommé roattre Jean de La Mothc avoit été pris des Anglois, par lequel il envoyoit noncer à ceux de Harfleur le secours qui leur venoit. Et là mêmement renvoyèrent les Anglois, par un de leurs poursuivants, nouvelles et lelttres qu'ils viendroient combattre les François devant ce qu'ils vinssent à eux, ce que point ne firent. Pour quoi les François se tirèrent tous ensemble à Fauville en Caux, à deux lieues prés de leurs adversaires.

Et le lendemain, se départirent dès le point du jour, et allèrent à Moûtier-Yilliers, qui étoil de leur obéissance; et là eurent certaines nouvelles que les dits Anglois nes'étoienl point partis de leur siège. Et en ce jour, le dit comte d'Eu les alla aviser atout cent combattans, gens d'élite, montés sur fleur de chevaux; et

y eut entre icclles parties très grands escarmouches. El lui retourné, prit conclusion avecque ceux de sa compagnie, cVst à savoir les plus experts et connoissants, de ce qu'il étoil de Taire. TouteTois tous généralement éloicnt très déplaisants de la prise du dit seigneur de Gaucourt, pource qu'il étoit moult sage et bien usité en telles ou pareilles besognes. Auquel conseil fut ordonné que le dit comie d'Eu monteroit sur mer avecque certain nombre et quantité de combattants au chef de Caux; et le bâtard d'Orléans, atout une autre partie de gens d'armes d'un autre côté, et les Picards d'autre, qui iroient de pied et portcroient des ponts à mettre par^dessus les fossés qu'avoient faits les dessus dits Anglois autour do leur logis; et, d'un commun accord, assaudroient leurs dits adversaires par divers lieux; et La Hire et autres capitaines et leurs gens demeureroient à cheval pour donner secours et aide à ceux qui en auroient besoin, et aussi nécessité. Après lesquelles ordonnances en telle manière faites, le lendemain se préparèrent pour faire chacun d'eux ce qui avoit été ordonné et commandé. Et fut commencé le dit assaut par ceux qui éloient de pied et du côté vers le logis de Talbot. Lequel assaut fut très dur et âpre, et dura par l'espace de demi-heure ou plus. Mais les dits assaillants, jà soit ce qu'ils se portassent 1res vaillamment, toutefois, pour la très grand' résistance d'iceux Anglois, leurs adversaires, et aussi pource que leurs ponts étoient trop courts, ne ponvoient venir & cheT de leur dite entreprise. Et d'autre part, iceux Anglois étoient haut et avantageusement assis; pour quoi leurs archers, dont ils avoient moult grand nombre, tirèrent moult merveilleusement et par grand' vigueur sur iceux assaillants, et tant qu'ils en navrèrent et blessèrent très grand nombre; entre lesquels y furent morts deux vaillants chevaliers, qui là éloient, c'est à savoir messire Jean de Chailly, seigneur de Chambois, et messire Harpin de Richaumes, capitaine de Rue, avecque aucuns autres. Auquel assaut furent faits nouveaux chevaliers, des François, Jean d'Arly et Guillaume Le Jeune«t autres. Durant lequel temps, saillirent hors de leurs logis environ cinq cents Anglois pour courir sur iceux François de pied; mais ils furent tantôt reboutés par ceux

CHROMQLES D'£NGUËaRANU UE MO^SÏRELET.

de cheval, et en y eut de quarante à cinquante de morts. Et pareillement ceux de la ville saillirent sur le guet qui étoit contre eux, et en prirent et occirent environ trente. Kt de l'autre côté sur la mer, se boutèrent avant le dit comte d'Eu et ceux de sa compagnie, qui ètoient commis avec lui pour assaillir lo dit siège de la marine; mais ce fut peine perdue, car iceux Anglois s'étoient garnis et fortifiés par telle manière qu'on ne leur pouvoil mal faire. Et pour tant, après qu'ils eurent perdu aucuns de leqrs vaisseaux, qui ètoient demeurés par le gravier, ils se retrahirent à Moûtier- Yilliers ; et aussi firent ceux de pied, voyant que rien ne pouvoient besogner qui leur fût profitable.

Auquel lieu de Moûtier-Villiers ils furent bien huit jours entiers en très grand' pauvreté de vivres pour eux et pour leurs chevaux, attendants s'ils ne pourroient rien faire de secours aux dits assièges; durant lequel temps il y eut aucunes escarmouches entre eux. Et aussi le dessus dit comte d'Eu fit savoir au dit comte de Sombresset que, s'il vou<loil combattre puissance contre autre, il les foumiroit, ou cent contre autre cent, ou de sa personne contre lui ; mais rien ne lui fut accordé. Et la cause si fut que le dit comte de Sombresset et ceux de sa partie savoient que ceux de la ville ètoient si forts astreints que bonnement ne pouvait longuement durer qu'ils ne les eussent à leur plaisir. Et avoieot regard au grand travail et aux misères qu'ils avoient eu moult longuement, et que chèrement avoit coûté à leur roi, qu'ils ne vouloient point mettre à l'aventure sur la requête de leurs adversaires. Et finablement, les François dessus dits, considérant la grand' pauvreté où ils ètoient, et que les dits Anglois ètoient en plus grand nombre qu'ils n'étoient, par quoi bonnement ne pouvoient secourir ni subvenir & leurs gens, se conclurent tous ensemble d'un commun accord et opinion qu'ils s'en rctourneroient dont ils ètoient venus, sans plus là arrêter ; car force leur étoit, pour les nécessités de vivres, dont ils ne pouvoient flner ni recouvrer ; mais avant leur département firent requerre un sauf-conduit aux dits An^oii pour le seigneur do Kambures, lequel saufçonduit si lui fut accordé. Puis après s'en alla

le dit de Rambures devers eux traiter pour la reddition de la ville ; et entre-temps tous les François et Picards s'en retournèrent par aucuns brefs jours ensuivant à Abbeville.

Si trouvèrent en leur chemin certains messages de par le duc de Bourgogne, lesqueb leur signifièrent de par lui qu'ils ne rentrassent point en son pays, pour les grands domnoages qu'ils avoient faits au passé, disant que s'ils y enlroient, il les feroit rebouter dehors à puissance de gens. Si promirent de non y entrer. Néanmoins les aucuns saillirent de leur promesse ; si entrèrent au pays de Ponthieu, en tirant vers Amiens, faisant de moult grands dommages ; mais les comtes d'Etampes et de Saint-Pol, qui s'étoient mis sus avec très grand nombre de gens d'armes, allèrent au devant d'iceux pour les rebouter et combattre. Si y furent faites aucunes entreprises d'un côté et d'autre, et enfin, par certains moyens promirent d'eux en raUer;et se tirèrent au pays de Santois, et de U vers les terres de messire Jean de Luxembourg; et moult fort le menaçoient de lui faire grand' guerre et dommage ; mais il s'èloit très bien pourvu de gens de guerre pour résister contre eux ; par quoi ils furent tout joyeux de passer paisiblement auprès de ses seigneuries ; car avec ce, le dit comte de Saint- Pol les poursuivoit très roidement et i grand' puissance de gens d'armes, pour être en l'aide et secours de son oncle, si besoin lui en eût été. Si se tirèrent es Champagne, faisants toujours de grands viUcnies et dommages au pauvre peuple, partout où ils pouvoient avoir sur eux puissance. Et au regard du seigneur de Rambures, il traita avec le dit oomte de Sombresaet et avec les autres capitaines anglois, par tel si que la ville de Harfleur leur fut rendue ; et se départoient ceux de dedans, chacun un bâton au poing ; et pareiBement leur Ait rendu Moûtier-Yiiliers, qui par nécessité de vivres ne se pouvoit plus tenir.

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