CHAPITRE CCLX
Comment le roi de France tlla «atiéger U Tille el forterese de Ponloùe, laquelle cnOn il cpoquil d'auaat.
Après que le roi de France eut séjourné aucuns peu de jours en la ville de Creil, il tira vers la ville de Pontoise atout son armée , et y vint environ la mi-mai. Si se logea & l'abbaye de Maubuisson , où il y a une notable église de dames et de moult beaux édifices ; et avec lui se logèrent tous ceux de son hôtel avec aucuns autres. Et le connétable et les maréchaux de France, c'est à savoir les seigneurs de Yalogne et de Lohéac , el plusieurs autres capitaines se logèrent en aucuns autres divers lieux. Et bref ensuivant furent assis et afTûtés les grands engins devant un boulevert qui éloit au bout du pont , au côté dev.ers le dit lieu de Maubuisson ; lequel fut tantôt si dommage qu'il se rendit et fut pris d'assaut. Si y furent morts quatorze ou seize des gens du roi et plusieurs blessés; et pareillement furent aucuns Anglois. Lequel boulevert le roi fit fortifier ; et ordonna pour la garde d'icelui messire Denis de Ghailly et Micfaaut Durant atout leurs gens.
Et d'autre part, l'on fit faire un pont pardessus la rivière d'Oise, contre r8Î)baye de Saint-Martin, lequel fut clos de petite muraille et ftit fort fortifié tout à l'environ tant de fossés comme de petits bouleverls, ainsi qu'il est accoutunaé de fortifier bastilles. Et là se logea messire Charles d'AqJou , le seigpcur de Cotigny , amiral de France , avecque lui trois ou quatre mille combattants. Et si fut fait à l'entrée du pont, au dehors de la dite rivière d'Oise , une assez forte bastille pour la garde d'icelui pont. Par les moyens desquelles for-
tifications pouvoient passer sûrement à leur aise, sans le danger des Anglois , leurs adversaires, auquel côté qu'il leur plaisoil de la dite rivière.
Et entre-temps que les approches dessus dites se faisoienl , vinrent devers le roi grand nombre de gens, tant s|;igneurs et nobles hommes comme ceux des bonnes villes qui par avant avoient été mandés. Entre lesquels y vinrent de ceux de la cité de Tournai jusqu'au nombre de six vingts combattants ou audessus, en très bon convenant, gens d'élite et très bien habillés , dont la plus grand' partie étoient arbalétriers. Et les conduisoient trois notables hommes d'icelle cilé , dont le premier étoit nommé Simon de Genoix ; l'autre, Robert Le Boucher, et le tiers, Jean de Courcelle ; si furent reçus du roi très Joyeusement. Et aussi y vinrent ceux de la cilé de Paris en moult grand' quantité et en très bel état , et avec ce d'autres bonnes villes. Et si comme ils venoient , ils étoient reçus et logés par les gens du roi , comme il appartenoit.
En outre, Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol et de Ligny, qui par avant avoil fait son amas de gens d'armes en ses seigneuries , y arriva environ huit jours après la Saint-Jean atout six cents combattants ou enviru/i , très bien en point; et faisoit moult chaud. Si mit ses gens en bataille assez prés du logis du roi ; lequel, avecque aucuns de ses princes cl capitaines, les aUa voir bien à loisir, el toutes ses gens , et fut moult Joyeux de sa venue. Si le festoya et mercia moult grandement de ce qu'il l'étoit venu servir à si belle compagnie. Avec lequel comte de Saint-Pol étoient le seigneur de Yervins, messire Colard de Mailly, Louis d'Enghien, messire Ferry de Mailly, Jean d'Hangest, messire Daviod de Poix, Jacolin de Rélhune et ses frères , George de Croy et plusieurs autres gentilshommes. Si furent co Jour une grand' partie moult travaillés de la chaleur dessus dite, et tant qu'à cause d'icelle mourut un gentilhomme nommé Robert de Frisomen.
Et quand le roi les eut vus, comme dit est, s'en allèrent loger en un village plus près de là ; et bref ensuivant se logèrent avec les autres au dit siège. Et aussi vint le comte do Yaudemont, accompagné de cent ou six vingts
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CHRONIQUES D'ÊNGtERRAND DE MONSTRELET. tt44îj
«ottibatltants; de latiuelle venue le roi M. très tmmlent et joyeat. Et pour vrai, à celte assemblée furent moult de grands seigneurs au service du dessus dit roi de France, c'est à savoir : son (Us le dauphin, !e comte de Richemont , <»nnétable de France, et les deux maréchaux dessus nommés, et l'amiral messire Charles d'Anjou, les comtes d'Eu, de La Marche, de Saint-Fol, de Vaudemont, d'Albreth, de Tan- «arville, de Joigny, le vidame de Chartres, le seigneur de Ch&tillon , le seigneur de Moreul «n Brie, le seigneur de Beuil, La Hire, Potbon de Sainte-Treille, le seigneur de Ham, mesâire Hetucelin de La Tour, le seigneur de Mouy, Claude d'Hangest, Regnault de Longueval, le seigneur de Moyencourl, le seigneur de la Sure , messire Théolde de Valperge , Antoine de Chabannes, Charles de Flavy, messire Gilles de Saint-Simon, Hue de Mailly, (Mivier de Cotivy, le seigneur de Pennesach , Blanchefort, Floquet, Broussach, Joachim Rohault, Pierre Régnant, le seigneur de Graville, messire Jean de Gapondes, Geoffroi La Hire, le bâtard de Harcourt et moult d'autres n<^les gens de grand' autorité; et tant que, selon l'estimation de ceux en ce connoissants, le roi pouvoit bien avoir en tout de dix à douze mille combattants , et fleur de gens àe guerre ; les* quels , chacun en droit soi , étoient moult désirants de conquerre la ville de Pontoise. Du> rant lequel temps , le duc d'York , le seigneur de Talbot et aucuns autres chefs de la partie des AngloiS, qui se tenoient & Rouen , corn'itaencérent & aviser et k imaginer comment ils pourroîent mieux secourir leurs gens qui étoient dedans icelle ville de Pontoise. Et enfin conclurent que pour la première fois le seigneur de Talbot la iroit ravitailler, pour iaviser la manière et conduite des François. Si se mit sus le dit Talbot atout quatre mille combattants ou environ , tant de pied comme de cheval , atout chars , charrettes et bétail, et alla par aucuns Jours, tant qu'il vint loger jusqu'à une ville nommée Chevrin, assez près du dit lieu de Pontoise, et là geul deux nuits. El entre-icwips bouta les vivrcS dedans la dite ville sans avoir aucun empêchement ; car le roi et ceux de son conseil étoient délibérés de non combattre iceux Anglois, sinon qa^s les trouvassent grandement ft leur avantage.
Après lequel ravitaillement, metsire Jean de Talbot s'en retourna A Mantes ; el se logèrent ses gens en un village au-debors de la ville ; et de là s'en retournèrent en Normandie. Et entre-temps, les ^f ins du roi de France, qui étoient assis contre la dite viUe de Pontoise, tant en la grande bastille de Saint-Mattia comme ailleurs, Jèloient continueUeraenl contre les tours et murailles d'icelle et les dèronpoient en plusieurs lieux ; mais les dessus dite assiégés les refitisoient de noil et de jour, de queues et de bois, au mieux qu'ils pMvotott; et avecque ce faisoienl aucunes fois des saillies contre les dits Ffançois , auxquelles , tant d'une part comme d'autre, en y avoit très soovent de morts ou de navrés. Durant lequel temps le roi et ceux de sa partie endoy rent icelle ville par siège lont à l'enviroB ; mais bonnement ne. pouvoient encore toir que ce se pût faire sans trop grand péril, parce que les dits sièges ne pouvoient aller au seooart l'un A l'autre si besoin en eût été •; et si sentoient que les Anglois dessus dits étoient bien puissants et assez prés pour venir bref ensuivant eux combattre pour lever le siège; el pour ces causes délayèrent les dits François de environner Icelle ville.
Et fVit ordonné qu'on fenoit encore une grande bastille en la forêt de tk>mpiè9ae, pour amener par eau et icelle asseoir Sor auean des côtés où on verroit qu'il seroit plus espèdint A laquelle, pour la faire expédier, fut cohbms Guillaume de Flavy. Et certain temps «près, le dR messire Jean de Talbot retovnnn pour h seconde fois, et ravitailla deredwf la dRe viHe et les dits assiégés de foison de vivres el û'tmcuns engins et habiflements de gaeiTe. El A chacune fois y laissoit une partie de ses feas el ramenoit Aveoque lui ceux qui étoient navrés on malades ; et^ comme par avant, «près le dessus dit ravitaillement, s'enretooma sans avoir aucun empècAiemènt ou dètouibier. Tootefois, le roi, voyant les «tanières que tmoieal ses dits adversaires , ayant considèralfon qw celui siège pourroil être long par le tuant» des vivres q«i\)n amenoil en la dite >rille de Pontoise de jdar en jour, en èteit Moult «élancolieux et déplaisant. Néanmoins, il, de sa persomie, fiisoit très f^rand' dÀigeneé, taM de faire fortifier ses bastilles comme de les ponr-
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