LIVRE SECOND
entre eux, et plus de trait que par aucune manière,
Et au quatrième jour, le dit duc d'York se délogea du dit lieu de Maubuisson, et alla au logis de Talbot, qui avoil fait faire un boulevert de cordes, claies et autres besognes , par ' lequel ils repassèrent l'eau d'Oise ; et pouvoient " bien avoir cinquante que chars que charrettes. ^ Et ce propre jour, Polhon de Sainte-Treille ' s'étoit parti de Poissy avec grand* quantité de '^ gens de guerre, pour mener vivres à la de- ' vant dite bastille. Et allèrent après lui le con- ^ nétable de France , le comte de Saint-Fol et
* aucuns autres capitaines pour le secourir, s'il ' en eût eu besoin ; mais ils dirent avertis du ' repassage des dits Anglois, par quoi ils envoyè- > rent devers le dit Pothon dire qu'il se hftl&t de t retourner. Et il leur remanda qu'ils s'en allas- I' sent passer par Meulan, par où ils s'en retour- >^ neroient au dit lieu de Poissy par l'autre côté < de la rivière ; laquelle chose ils firent. Et après e que le duc d'York et ses Anglois furent repas- I ses, comme dit est, s'en allèrent mettre en ba-
• taille devant Poissy, où étoient le roi et le dau- [ phin avec grand' partie des seigneurs et des , capitaines. Et y eut une moult grand' escar- F mouche, à laquelle furent pris deux des archers I du connétable de France et un archer du comte i de Saint-Pol. Et de là s'en allèrent loger en k une ville nommée Tourtie-sur-Seine ; et le I lendemain retournèrent à Mantes, et le roi s'en
alla à Poissy et & Conflans, atout une partie de I ses gens. Et le dit connétable, le comte de , Saint-Pol et plusieurs autres allèrent passer & , Saint-Cloud et de là & Paris, où ils furent deux jours ; et puis retournèrent tous gens de guerre en l'Ile-de-France, «ù leur furent délivrées j villes pour eux loger, chacun selon son état. f El depuis, le roi atout les seigneurs qui étoient ^ entour lui allèrent & Saint-Denis en France , , où ils furent jusqu'à la mi-août ; et de la retourna le roi encore à Conflans, où il fit faire un pont pour passer une tie sur la rivière de Seine.
Avec ce, fit faire un autre pont pour passer la dessus dite rivière tout outre ; au bout duquel il fit un boulevert et grands fossés entour, dedans lequel se logèrent grand nombre de gens de guerre. Durant lequel temps, Talbol vint piller la ville et l'abbaye de Poissy et les
biens des dames, et puis s'en retourna à Mantes. Et bref ensuivant , fut la ville de Ponloise ravitaillée pour la quatrième fois ; et y demeurèrent les gens du duc d'York, au lieu de ceux qui y étoient de par le dit de Talbol, dont le roi fut moult travaillé. Voyant qu'il éloil petit apparent que son entreprise vtnt à bonne fin et conclusion, il pensa en lui-même que, s'il so départoit de là sans avoir l'obédience d'icelle ville de Pontoise, qui tant lui avoit coûté, et devant laquelle il avoit jà été si longue espace de temps, ce lui seroit un très grand déboutement et déshonneur de s'en partir sans la subjuguer ; et crieroit le peuple contre lui et ses gouverneurs, et par spécial les Parisiens, qui tant avoient mis du leur. Et avec ce étoit du tout averti comment les princes de son royaume, et roêmement de son sang,.n'étoient point bien contents de son gouvernement ; et lui avoit été dit qu'ils se dévoient assembler ensemble, et que ce n'étoit point pour son bien ; et par ainsi n'étoit poiut merveille sHI avoit bien à penser.
Néanmoins il se disposa et conclut avec les plus féables de son conseil de retourner et loger au dit lieu de Maubuisson, et de poursuivre sa dite entreprise ; et y revint au bout de douze jours après qu'il en fût parti. Si fil reloger ses gens en plusieurs lieux , ainsi comme ils étoient par avan^ son parlement. En un autre jour, se leva une moult grand' escarmouche au connétable entre Maubuisson et la dite ville, à laquelle fut mort Claude d'Hengest, seigneur d'Ardillières, du trait d'un canon.
Et d'autre part, durant le temps dessus dit, furent faites plusieurs chevauchées et escarmouches entre les François et les Anglois, lesquelles à raconter chacun à part ici seraient trop longues et ennuyeuses ; dont à l'une fut blessé Charles d'Anjou d'une flèche. Et au regard des grosses besognes et rencontres, s'en firent peu qui fassent à écrire. En après, le comte de Saint-Pol, qui avoit ses gens, lesquels étoient moult travaillés, et avoient dépendu largement du leur, et moult dèsiroient de retourner en leur pays, et lui prièrent qu'il les voulstl ramener, prit congé du roi et do monseigneur le dauphin, et s'en retourna devers son pays ; lesquels lui donnèrent de beaux dons, en le remerciant des bons services qu'il leur
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
avoit faito. Si se partit de là , et pois emmena ses gens pour passer-Ia rÎTière d'Oise aa pont Saiol-Maience.
A l'entrée duquel pont le capitaine d'icdle itsit bors pour parler au comte de Saint-P(rf. Si s'émurent entre eux paroles rigoureuses, et tant qu'icelui comte de Saint-Pol cuida faire prendre le dit capitaine ; mais il saillit rilement dedans son fort. Et incontinent fit tirer de canons et d'arbalètes sur le dit comte de Saint- Pol et ses gens, desquels coups de canon fot tné le cheval de messire Ferry de Mailly, et un autre homme d'armes eut le bras rompu. Pour lequel débat le dit comte et ses gens se retrahirent arriére de lé, et s'en allèrent passer à Compiégne ; et de là se tira le dit comte en son pays ; et ceux du dit pont allèrent après aacuns de ses gens qui ètoienl passés, et allé* rent vers Mont^-Didier; si les battirent et détroussèrent. Et en ees mêmes Jours, se partit pareillement le comte de Yaudemont atout ses gens; et aussi firent autres grands seigneurs; et laissèrent le roi en l'état que vous avez oui, dont il n'étoit guère Joyeux, quelque semblant qu'il montrât; mais il ne pouvoil adonc avoir autre, et lui convenoit attendre toutes les aventures qu'il plaisoit à Dieu lui envoyer. Si faisoit de jour en jour très diligemment continuer de faire Jeter ses gros engins contre les tours et murailles de la ville, et avec ce contre l'église de Notre-Dame, étant au dehors d'icelle vill&, laquelle le Anglois tenoient et avoient tenu tou> jours, passé long temps. Lesquels murs de là dite église furent moult démolis et abattus, et tant que, le seizième Jour de septembre ensuivant, le roi eut conseil de faire assaillir icelle église; et fut par un samedi.
Si nit assez tôt prise d'assaut, et ceux de dedans morts et pris. Laquelle église étoit moult haute , et assez près de la dite ville, par quoi on poUvoit de là voir grand' partie du gouvernement des dits Anglois, et avec ce on les pouvoil moult travailler de petits canons et couleuvrines, et aussi d'arbalètes et autres habillements de guerre. Par le moyen de laquelle prise de la dite église fut derechef conclu, le mardi ensuivant, qu'on livreroit plusieurs assauts à icelle ville, pour voir et essayer si on la pourroit bien conquerre. Et comme avoit été conclu fut fait; car, le mardi dessus dit, le roi
el toos les autres seignesrs «( eapitatoas llreBt armer et habiller leurs gens, el les enbortèreot tous, criants à haute voix : « Sainir-Denis! tille gagnée !» Si se trouvèrent tantôt dedans en très grand nombre, qui très vaillamment envahirent les défeodants, lesqœls commencèrent à tonrner le dos et fuir, pour eux retnire par les églises et autres forts lieux.
Toutefois y eut tantôt et prestement plos de cinq cents Anglois mis à Tépèe, et le suriras furent prisonniers, qui pouveient être, selni Juste estimation, le nombre de quatre cents on environ. Et entre les autres, de ceux qui y fin rent morts, le fut on chevalier anglois noniiié messire Nicole Bourdet, et si fut pris le capitaine de la dite ville. Et de la partie do roi, y tarent morts, tant à assaillir la ville et aa pren» dre, comme ceux qui moururent après ptt blessures, quarante ou environ. Si furent aussi faits plusieurs nouveaux chevaliers; entre lesquels le furent Jean et Robinet d'EstooteTiDe, frères, RegnauH de Longueval, Le Bon de Reuly et plusieurs autres. Et quant au regard de celui qui monta premier sur la tour, il fbt moult autorisé de tous les seigneurs pour sa grand' vaillance; si le anoblit le roi et ses successeurs, et avec ce lui donna aucuns riches dons pour soi entretenir loi et son état. Si entra le dit roi en la dite ville, avec ceux de son assaut. Et assez tôt après que ses gens l'eurent gagnée, fit défendre incontinent qu'on ne fit nulle force aux habitants d'icelle ville, qui s'étoient retraits es dites églises, sinon à ceux qui éloient armés. Et lui venu, Sa bannière an plus près de lui, devant la grand' église, an Anglois saillit hors d'icelle, qui se rendit à lui. Si le reçut à merci depuis, et le délivra sans payer aucune finance, et lui donna aucuns beaux dons El tantôt entra dedans icelle église, et fil son oraison moult dévotement et humblement devant le grand autel, en regracianl Dieu son créateur de la belle el bonne fortune qu'il lui avoit envoyée. En après, tout le Joar et la nuit ensuivant, iceux François cherchoient les Anglois, lesquels s'étoient musses en plusieurs lieux el divers ; el ainsi qu'ils les trouvoienl^ les meltoient à l'épèe ou les prenoient prisonniers.
Ainsi et par celle manière reconquit Charles, roi de France, septième dé ce nom , l«
UVRE SEœNQ«
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dtMui dite YtUe 4e Po«loiae , par force d'«asaat, à son très grand tioonew, devaat laquelle ville il «voit eu plusieurs grands affaires, eocaïae dessus est déclaré. St au regard clés nobles , lanl cbevaliers comme écuyers et autres geea de guerre qui furent à icelui assaut, il en y eut très grand nombre qui s'y portoieol prud'bommémenl et moult vaillamment, entre lesquels me fut dit que messire Charles de Bocquem y avoit été bien vu.