‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 747 sur 761 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

ce qu'il poavoil alteiDdre et attraper au dehors des châteaux et fermetés, tant sur les pays du roi comme ailleurs, ëtoit pris, ravi et emmené en leur forteresse et garnison. Et par spécial avoit couru et couroit continuellement de jour en jour sur les villes et pays de l'obéissance et seigneurie du duc de Bourgogne , du comte d'Ëlampes et de plusieurs autres grands seigneurs de ce parti. Et mémement, très souvent passoient l'eau et la rivière de la Somme, en tirant vers la marche d'Artois, où il y avoit de douze à seize lieues de leur dite garnison ; et pareillement faisoient es chfttellenies de Péronpe, Mont-Didier et Roye, où ils prenoient de bons prisonniers , lesquels ils mettoient à grosses finances , ainsi et par la manière que eussent pu faire leurs adversaires du temps de la guerre, avec tous autres biens quelconques ; dont les dits pays éloient moult oppressés et travaillés. Si en furent par plusieurs fois faites grandes plaintes et doléances aux seigneurs dessus dits, dont ils étoient très mal contents.

Et pour cette cause envoya le dit duc de Bourgogne' devers le roi , lui remonstrant la destruction d'iceux ses pays , en lui requérant d'y avoir provision. A quoi le roi fit réponse, comme autrefois avoit fait pour pareil cas ; c'étoit qu'il lui en déplaisoit moult, et qu'il ctoit très content que le dit duc de Bourgogne le fit ruer jus et détrousser, s'il le pouvoit trouver en ses pays , ou qu'il le fit assiéger et débouler par ses gens d'icelle forteresse de Milly; et il manderoit et feroit faire défense à tous ses capitaines des marches à l'environ qu'ils ne lui baillassent aide, recours ni faveur nulle contre les gens du duc de Bourgogne , sur autant qu'ils douloient à encourir son indignation. De laquelle réponse ioelui fut assez content; et se pourpensa qu'il pourvoiroit au plus bref que bonnement faire se pourroil. Si trouva manière de faire traité avec aucuns capitaines anglois sur la marche de Normandie, cl qu'ils bailleroient sûreté de non faire guerre à ses gens. Et quand le duc de Bourgogne fut assez acertené des deux parties qu'ils ne lui porteroient nul grief ni dommage A ses gens, à la cause dessus dite , lui qui pour lors étoit en son pays de Bourgogne, fit à savoirau comte d'Etampes, qui avoit le gouvernement de ses pays de Picardie, qu'il assemblAt le plus de

gens de guerre qu'il pourroit finer, et les menât devant le dit chàtel de Milly. Sur quoi le dit comte fit grand' diligence ; et mit ensemble, en bref terme, bien le nombre de douze cents combattants, tant chevaliers comme écuyers, et autres gens de guerre des plus experts d'icelui pays de Picardie et de la marche à l'environ. Entre lesquels éloient Waleran de Moreul, Guy de Roye, Jean d'Hangesl , le seigneur de Saveuse , Simon de Lalain , Jean de Haplaincourl , Charles de Rocbcfort , messire Colarl de Milly et moult d'autres grands seigneurs et gentilshommes. Et fut faite icelle assemblée en la ville d'Amiens ; duquel lieu , atout charrois fort chargés de vivres et habillements de guerre , s'en allèrent , en moult belle ordonnance , par aucuns jours , jusqu'à Beauvais, où ils furent reçus honorablement ; et ses gens se logèrent es villages environ. El de là le dit comte se tira devant le chàtel de Milly. Si fil loger ses gens au plus près de la porte, qui dérompirenl fort les défenses de la dite forteresse, et par spécial de la basse-cour, qu'ils avoient fort réparée de queues et d'autres gros bois.

Si commencèrent ceux de dedans à défendre très vigoureusement, tant de canons que d'autres artilleries et engins de guerre , desquels ib occirent et navrèrent aucuns des gens du comte d'Etampes. Entre lesquels y fut mort messire Matthieu de Humières. Et avoient les gens du petit comte laissé leurs chevaux ou la plus grand' partie en la ville de Beauvais , de laquelle et aussi de la cité d'Orléans venoienl vivres de jour en jour au dit siège.

Durant lequel siège , après que les engins dessus dits eurent fort endommagé les fortifications de la basse-cour dessus dite, il (iil livré par les assiégeants un très dur et fort assaut, auquel, tant d'un c6té comme d'autre, furent faites plusieurs vaillances et prouesses ; desquels, entre les autres, le seigneur de Saveuse avec ses gens emporta le bruit. Néanmoins ceux de dedans se défendirent très puissamment; et tant que les assaillants, voyants que bonnement ne pouvoient conquerra sans avoir trop grand' perle et dommage de leurs gens, se reirahirent. Et fuirent morts des assaillants environ de huit à dix, et des défendeurs y eut aucuns navrés. Et après , iceux défendants ,

CHRONIQUES D'ENGUERRAIND DE MONSTRELEï.

considérants qu'ils ne se poavoient longuement tenir et aussi qu'ils n'avoient point grand' espérance d'avoir aucun secours, firent traité avec les commis du dit comte d'Étampes , moyennant et par tel si qu'ils se départiroient de là, en emportant trestous leurs biens arec eux. Si rendirent la dite forteresse, dedans laquelle on bouta le feu ; et la fit-on du tout démolir et désoler. Et ce fait, le dit comte et ses gens s'en retournèrent, environ la semaine peineuse , es lieux dont ils étoient venus. Et «voit icelui' comte été devant la dite place et tenu siège environ trois semaines ou plus au dit lieu de Milly. Pour lequel voyage et déboutement des dessus dits coureurs, tous les pays qui avoienl accoutumé être courus et pillés furent très Joyeux, quand ils furent acertenés qu'on les avoit ainsi délogés et chassés hors de la dite place.

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