TRAIT DE GÉNÉROSITÉ DU CALIFE MOAWIAT
« Moawiat, je t'avertis que, si tu ne défends pas à tes esclaves d'entrer dans mon domaine et de chercher querelle à mes esclaves, nous aurons une grande affaire ensemble. »
Dès que Moawiat eut reçu et lu la lettre, il la remit à son fils Yézid (1), qui en prit connaissance à son tour.
« Que penses-tu de cela, mon fils? » lui dit Moawiat.
— « Je pense, répondit Yézid, qu'il faut envoyer contre Abd allah une armée qui s'étende depuis lui jusqu'à vous et que Ton vous apporte sa tête. »
— « Oh! non, reprit Moawiat, je songe à mieux que cela; nous ne pouvons faire ce que ta dis , à cause de la parenté d'Abd allah ben Zobeïr avec l'Apôtre de Dieu (2), sur qui soient le salut et la paix! Qu'on m'apporte de l'encre et du papier. »
(1) Deuxième calife de la dynastie des Omayyades, fameux par sa cruauté', son avarice et son impiété'. Il ne régna que trois ans et neuf mois moins quelques jours. Après avoir tenté de se défaire par le poison de Hoceïn, fils d'Ali, il le fit tuer ensuite avec toute sa famille dans la plaine de Kerbélâ. Aussi les Persans, qui sont de la secte d'Ali, ne prononcent-ils jamais son nom sans le maudire.
(2) Qualification de Mahomet chez les peuples musulmans.
TRAIT I)F. GÉNÉROSITÉ DU CALIF1 IIOAWUT 158
Ensuite Moawiat écrivit à Ebn Zobeïr une lettre ainsi conçue :
<r J'ai lu la lettre du Bis du disciple de 1' \pôtre de Dieu, Bur qui soient le salut et la paix î et je suis autant affligé que lui de ce qui est arrive. Comme le monde est aus<i méprisable à mes yeux qu'il est séduisant, je renonce par la présente déclaration à ce domaine et à ces esclaves qui m'appartiennent, et je veux que désormais le tout soit la propriété d'Abd allah; qu'il annexe mon domaine au sien et mes esclaves à ses esclaves. Salut î »
Dès qu'Abd allah ben Zobeïr eut lu la lettre de Moawiat, il lui expédia cette réponse :
a J'ai lu la lettre du prince des croyants (que Dieu prolonge sa vie î) et je vois qu'il n'a rien perdu de la sagacité, de l'intelligence et de la générosité dont il a fait preuve en pareille circonstance à l'égard dcKoreïcb. Salut! »
Quand la lettre parvint à Moawiat, il en prit connaissance et la remit à son fils Yézid, qui la lut à son tour d'un air souriant. Moawiat lui dit alors : a 0 mon fils, si jamais tu te trouves atteint d'un pareil mal, saelie employer un pareil remède. »