Dans ses l.ettrt's philosophi
ques. — Waller (1005-l(i.S7), ([ui clinnta Cronnvell et Charles II, poète éléj^ant et spirriuel, fut i'nnrf de Sainl-Évremond. — Le comte de Rochester (lOiT-KiHO) fil quelques satires à rimitation de Ftoiieau, et des pot';sies légères.
i. C'est bien outré.
VOLTAIRE
Ma destinée a encore voulu que je fusse le premier qui aie expliqué à mes concitoyens les découvertes du grand Newton, que quelques personnes parmi nous appellent encore des systèmes^. J'ai été votre apôtre et votre martyr: en vérité, il n'est pas juste que les Anglais se plaignent de moi.
J'avais dit, il y a très longtemps, que si Shakspeare était venu dans le siècle d'Addison, il aurait joint à son génie ïélégance et la pureté qui rendent Addison recommandable. J'avais dit que son génie était à lui, et que ses fautes étaient à son siècle. Il est précisément, à mon avis, comme le Lope de Vega des Espagnols, et comme le Calderon. C'est une belle nature, mais bien sauvage; nulle régularité, nulle bienséance, nul art, de la bassesse avec de la grandeur, de la bouffonnerie avec du terrible : c'est le chaos dr la tragédie, dans lequel il y a cent traits de lumière.
Les Italiens, qui restaurèrent la tragédie un siècle avant les Anglais et les Espagnols, ne sont point tombés dans ce défaut; ils ont mieux imité les Grecs. Il n'y a point de bouffons dans ÏOEdipe et dans VÉledre de Sophocle. Je soupçonne fort que cette grossièreté eut son origine dans nos fous de cour. Nous étions un peu barbares tous tant que nous sommes en deçà des Alpes. Chaque prince avait son fou en titre d'office. Des rois ignorans, élevés par des ignorans, ne pouvaient connaître les plaisirs nobles de l'esprit .- ils dégradèrent la nature humaine au point de payer des gens pour leur dire des sottises. De là vint notre Mère sotte*; et, avant Molière, il y avait toujours un fou de cour dans presque toutes les comédies : cette mode est abominable.
J'ai dit, il est vrai, monsieur, ainsi que vous le rap-
1. Dans ses Lettres jihihsor phiques et dans ses Élément de la philosophie de Newton.
2. Mère sotte était la seconde dignité parmi les Enfants sans souci qui jouaient les solies. Voy. le Jeu
et sotie du prince des sots, de ricrre Gringorc, qui fut joué aux Hallos, pendant les jours pras de 151 1. C'était Mère sotte qui était le directeur du théâtre des sots et l'ordonnateur des représentations.
portez, qu'il y a des comédies sérieuses, telles que le Misanthrope, lesquelles sont des chefs-d'œuvre ; qu'il y en a de très plaisantes, comme George Dandin; que la plaisanterie, le sérieux l'attendrissement, peuvent très bien s'accorder dans la même comédie. J'ai dit que tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux*. Oui, monsieur; mais la grossièreté n'est point un genre. Il y a beaucoup de logemens dans la maison de mon père; mais je n'ai pas prétendu qu'il fût honnête de loger dans la même chambre Charles-Quint et don Japhet d'Arménie, Auguste et un matelot ivre, Marc Aurèle et un bouffon des rues. 11 me semble qu'Horace pensait ainsi dans le plus beau des siècles : consultez son Art poétique. Toute l'Europe éclairée pense de même aujourd'hui ; et les Espagnols commencent à se défaire à la fois du mauvais goût comme de l'inquisition; car le bon esprit proscrit également l'un et l'autre.
Vous sentez si bien, monsieur, à quel point le trivial et le bas défigurent la tragédie, que vous reprochez à Racine de faire dire à Antiochus, dans Bérénice :
De son appartement cette porte est prochaine, Et cette autre conduit dans celui de la reine.
Ce ne sont pas là certainement des vers héroïques ; mais ayez la bonté d'observer qu'ils sont dans une scène d'exposition, laquelle doit être simple. Ce n'est pas là une beauté de poésie, mais c'est une beauté d'exactitude qui fixe le lieu de la scène, qui met tout d'un coup le spectateur au fait, et qui l'avertit que tous les personnages paraîtront dans ce cabinet, lequel est commun aux autres appartemens; sans quoi il ne serait point vraisemblable que Titus, Bérénice et Antiochus parlassent toujours dans la même chambre.
Que le lieu de la scène y soil fixe et luai-qué.
dit le sage Despréaux, l'oracle du hou k<>"'''> <1<'"^ s<^» ^''' poéliquc, égal pour le moins à celui (l'IIorace. iNotre excel-