LB BAILLI DE MIRABEAU
de le voir. Mon cœur s'élargit beaucoup en le voyant, je le trouvai laiil, mais point mauvaise physionomie, et il a derrière ses coutures de petite vérole, et des traits qui se sont beaucoup changés, du fin, du gracieux et du noble. S'il n'est pas pire que Néron, il sera meilleur que Marc-Aurèle. car je ne crois jamais avoir trouvé tant d'esprit, ma pauvre tête était absorbée. 11 me paraît te craindre comme le prévôt, mais il m'a juré qu'il n'y avait rien qu'il ne fit pour te plaire; il m'avoua qu'il avait fait bien des sottises, mais il me dit qu'il avait été dans Ij désespoir.
... Je t'assure donc que je le trouve très repentant de ses fautes passées*; il me paraît avoir le cœur sensible; pour de l'esprit, je t'en ai parlé, et le diable n'en a pas tant; je te le répète, ou c'est le plus adroit et le plus habile persifleur de l'univers, ou ce sera le plus grand sujet de l'Europe pour être général de terre ou de mer, ou ministre, ou chancelier, ou pape, tout ce qu'il voudra. Tu étais quelqu'un à vingt et un ans, mais pas la moitié*; et moi qui cependant, sans être grand'chose, étais quelque chosette alors, je t'avoue, sans modestie ni fausse vanité, qu'à trente-cinq, quand, pendant ma royauté de théâtre =, j'ai arraché des créoles que je n étais pas Européen *, je n'étais pas digne de jouer auprès de lui le rôle de Strabon auprès de Démocrite*.
J'étudie toujours Pierre-Buffière, et je lui affinne Je cœur
1 . Mirabeau, en garnison à Niort, jvail fait des deUes, s'était brouillé avec sou colonel, et avait quitté son régiment. On l'interna au fort de l'île de Rhé : à peine en est-il tkors, qu'il a un duel; et c'est aïoi-s que son père l'envoie en Corse sous les ^rdrej du baron de Vioménil,