‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 256 sur 547 · LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV

Au

Samedi, onze heures du soir, 1774.

Je sens qu'il y a un degré de malheur qui ôte la force de supporter l'ennui : il m'est affreux de me rendre passive pour entendre des trivialités, souvent révoltantes, et prescjue toujours aussi bêtes que basses. Oh! la détestable pièce! que l'auteur est bourgeois, et qu'il a un esprit commun et borné ! que le public est bête ! que la bonne compagnie est de mauvais goût ! Que je plains les malheureux auteurs qui auraient le projet d'acquérir de la réputalioii par le théâlre! Si vous saviez comment ce public a

1. a J'aimerais mioux, disail-ele fui reprise le 16 novembre 177i,

encore à son sujet, être le dernier avec un succès qu'explHjuent les

membre de la Chambre des Corn- circoas-lances : Louis XVI venait de

muues que d être même le roi de monter sur le trône, et l'on avait

t'rus.^e. » écrit ^ur le socle de lu statue de

t. Jouée en 17GG, la pièce de CoHé U- nri IV : Hesurrej-it.

applaudi! Molière ne pourrait pas prétendre à un plus grand succès. Il n'y a de noble que les noms et les habits : l'auteur fait parler les gens de la cour et Henri IV du ton des bourgeois de la rue Saint-Denis. 11 est vrai qu'il donne ie même ton aux paysans. En un mot cet ouvrage est jiour /noi le chef-d'œuvre du mauvais goût et de la platitude; et les gens du monde qui en parlent avec éloge me semblent des valets qui disent du bien de leurs maîtres. Mon ami^ si vous êtes encore contre moi dans le jugement que vous porterez de cette comédie, j'en serai bien fâchée : mais je n'en rabattrai pas un mot, parce qu'il ne s'agit pas de savoir jusqu'à quel degré cela est bon ou mauvais; cela m'est mortel à moi, et nous étions quatre dans la loge accablés du même ennui. En voilà bien assez et vous trouverez que j'ai conservé l'ennuyeux de l'ennui : peut-être aussi n'aurai-je pas la cruauté de vous envoyer ma lettre; mais en vous rendant compte de ma journée je m'en console.

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