‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 286 sur 547 · FIERTE · texte numérisé non relu

FIERTE

A Li NÊME.

A Chanleloup*, ce 18 juillet 1771.

Comment avez-vous pu imaginer, ma chère petite-fille, de dire des coquetteries de ma part à madame d'Aiguillon"?... Vous me mandez du bien d'elle; je vous réponds que je ne suis point étonnée du bien que vous m'en dites, parce que j'en ai toujours beaucoup pensé, et que je respecte son caractère; mais c'est à vous que je le dis, et non à elle, ni pour que cela lui soit redit. Quand son fils était dans une situation plus fâcheuse que la disgrâce', et mon mari dans une position plus flatteuse que la faveur, je devais faire connaître à madame dAiguillon toute mon estime pour elle, pour adoucir l'aigreur, et rapprocher l'éloignemenl que la différence de nos situations devait mettre entre nous. Aujourd'hui tout est changé. Son fils a la puissance; il ne reste plus à mon mari que l'honneur, et ce serait une bassesse insigne à moi de chercher à plaire à madame d'Aiguillon. J'aurais l'air de quémander sa bienveillance, sa protection. Dieu m'en garde! Je n'ai plus besoin de j)laire à personne, puisque personne n'a plus besoin de moi. Comment n'avez-vous pas senti cela, ma chère petite-fille? Comment avez-vous pu me compromettre d'une si étrange manière? Si je le disais au grand papa*,

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