‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 293 sur 547 · SUR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

SUR VOLTAIRE

A LA HiUK.

21 septembre 1779.

*« ne sais pas mieux les nouvelles que vous; je ne m'« ioléresse pas davantage, et je ne suis pas plus forte en géo-

graphie. J'ai pris tout cela en aversion depuis que ma mère* m'a fait lire les gazettes sur des cartes. Je suis seulement bien aise que M. d'Orvilliers* soit rentré, parce qu'il ne se battra pas dans le port de Brest, que je n'aime pas qu'on se batte, et que je ne veux pas, sur toutes choses, que mes amis se battent. On dit qu'on va ôter à M. d'Orvilliers son commandement, parce qu'il n'a rien fait. Si j'avais voix au chapitre, je le lui rendrais pour qu'il ne fît rien.

Je désire la paix comme M. de Greutz*, mais je n'y crois pas plus que M. du Bucq. Je ne crois pas que la lumière de M. du Bucq* soit du prestige; la preuve qu'elle ne l'est pas, c'est que personne ne donne plus à penser que lui, non pas quand il est obscur, mais quand il est clair; il a souvent le mérite de dire des choses évidentes qui n'ont jamais été dites, et je crois que ce mérite n'est pas commun. Je suis assez de son avis sur Voltaire, qu'il accuse d'être un peu superficiel ''. Voulez- vous opposer le superficiel au profond, comparez Voltaire à Montesquieu, et vous verrez si Voltaire est profond. Je prends la liberté de n'être pas tout à fait de votre avis sur ses tragédies ; j'en aime le style, le coloris et la chaleur; peut-être y met-il trop de philosophie; la philosophie n'est point le langage de la passion, et c'est sans doute pour cela que vous trouvez que ses per-

1. La marquise Du Chatel, née Gouffier. Son mari était Ois du fameux financier Crosat.

2. Le comte d'Orvilliers, âgé de •oixante-dil ans passés, commandait les flottes française et espagnole, qui devaient opérer une descente en Angleterre, il n'osa attaquer Plymouth, revint i Brest, et se retira bientôt après dans un eouvent.

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