‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 308 sur 547 · Coii-capondance inédile du · texte numérisé non relu

Coii-capondance inédile du

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qui ion ne connaissait que les goûts et les talents de l'homme du monde. En effet Stanislas-Auguste crut d'abord avec simplicité aux intentions bienveillantes de ïa tzarine, et il laissa prendre ua peu trop d'empire dans son royaume au ministi'e de Russie. D était grand amateur de tableaux, et tout occupé d'enrichir st collection : il avait des enthousiasmes, des impatiences, des joies de collectionneur passionné. Il s'entourait d'architectes et de sculpteurs : il embelUssait ses palais.

Mais ses letti-es nous montrent que sa crédulité ne dura guère, et que sa frivolité fit place à des pensées sérieuses. Donnant aux arts tous ses loisirs, y cherchant un repos et une consolation, il s'occupa activement du salut de son pays. Il essaya de mettre fin à l'anarchie, de réformer la constitution de la Pologne, d'en prévenir le démembrement : il eut le cœur déchiré^ de son impuissance et des maux de son pays. Il est impossible de n'être pas touché de la sincérité de ses plaintes et du sérieux de ses efforts.

Le ni.iilKMii' est qu'il n'inspira confiance à personne : il perdit son cn'dil juiprès des Russes sans acquérir d'autorité sur les pali-iotes polonnis. El il n'ét;iit pas préparé au rôle dillicilo que les circonstances lui imposaient: il navait ni le génie, ni l'héroïsme nécessaires, il lit de son nueux, mais il ne lit pas ce qu'il fallait : il usa do douceur et de tempérament, quand les i-ésolutions violentes et désespérées étaient seules de saison. Il ne vit {laa que, dans l'anarchie où périssait la Pologne, il n'y avait place que pour deux partis : être avec les Russes, ou avec les confédérés, et que quelque raison qu'il eût de craindre et de blftmer ceux-ci, tant qu'il ne se rangeait pas avec eux, il travaillait pour le« Russes. Ce fut en somme une âme douce, honnête, que le malheur des temps et des responsabilités trop fortes écrasèrent.

r. — LES TROUVAILLES D'UN AMATEUR DE TABLEAUX.

A Madame Ghoffrih.

Varsovie, ce 7 janvier 1761.

Croiriez-vous que j'ai trouve ici un Carie Vanloo* original admirable, mais si admirable au'il enchrinte jusqu'aux gens

1. r.iirie Van Loo (1705-1 7C5), l peintre facile el brillant, qui ne frère (le Je;in- Haplisto, fui un I regarda p»s la naluro da-srz pn-s.

qui n'ont pas témoigné dans toute leur vie le moindre goû pour la peinture? Il est gravé parLittret*, sous le titre Concert du grand Sultan. Mais, selon moi, l'intention du peintre était de représenter un riche vieillard levantingrec et chrétien qui donne à sa jeune femme un concert exécuté par des Européens, auquel assistent quelques Turcs. Ce tableau, qui a deux pieds dix pouces de largeur sur deux pieds trois pouces de haut, a, dit-on, un pendant dont le sujet est une peinture, et dont je voudrais bien savoir des nouvelles. L'estampe de celui-ci devient insupportable à côté du tableau; entre autres le graveur a totalement manqué la jeune femme, qui, dans le tableau, est d'une beauté ravissante. On donnerait cette figure à Marianne, femme d'Hérode. On la voit regarder son mari avec douceur et attention, mais cela est joint à une mélancolie si majestueuse dans toute cette figure qu'on ne peut s'empêcher de lui porter respect et intérêt. Le vieillard est très-beau aussi dans son genre. Ce tableau, qui est du plus fini, n'est cependant rien moins que léché, et il plait également de loin et de près. J'ai trouvé en même temps deux Van Huysum * parfaits, et il me vient un Rembrandt de Vienne et deux morceaux de Bruxelles qu'on me dit très-bons. Je me souviens que vous m'avez promis un ou deux Vernet ' bien bons, bien bons. Et voilà comme petit à petit l'oiseau fait son nid. Il viendra bien quelque chose d'Italie aussi.

1. liittrel de Montigny, mort C4i 1775, i,^rava les principales œuvres de Vjjii 1,00.

2. Van Iluysuin, excellent peiiilrc de lU'iirs, de fruits et de pavsatçcs

3. 1,0 premier (les Vornel,('laiulc- Josepli (1711 178Uj, |»cre de Carie et grand-père d'Horace, fut un peintre do mari;ie<;. On v(;rra au Louvr;! ses Ports do Fi-ance, et un grand nombre de ses autres œuvres.

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a. — AFFAIRES DE POLOGNE

A Madame Geoffrin.

Ce 6 juillet 17«8.

Oui, ma chère maman, le bon et très bon Schmidt* me rend compte de tout ce que vous dites et faites ensemble à mon sujet, et je trouve que c'est très-bien dit et très-bien fait. Il m'est impossible d'écrire à part aujourd'hui à Schmidt, j'ai trop à faire. Il y a des passages dans votre lettre qui m'ont fait pleurer. C'est en vérité une chose bien extraordinaire que réellement, et, point pour dire de belles phrases, vous, demeurant à cinq cents lieues de moi, ne m'ayant vu que cinq mois, il y a quinze ans, et deux mois il y a deux ans, vous ayez une affection si vraie, si vive et si constante pour moi, comme si j'étais, en effet, quelque chose qui vous appartînt ou qui vous eût fait quelque grand bien. Encore cela m'étonnerait moins si vous n'aviei pas tant de gens et tant de choses à aimer outre moi, ou si vous n'étiez pas à tous égards dans une position si heureuse. Aussi ne puis-je vous dire, vous exprimer à quel point mon cœur est pénétré de vous, de votre amitié, et combien quelquefois, et, par exemple, dans ce moment où je vous éci'is, je souhaiterais causer avec vous. Il me semble quelquefois que je vous vois, et qu'en laissant tUre et passions à la porte, nous nous mettons à jaser à Vaise en nommant chaque chose par son nom, et en nous moquant de toutes ces importantes misères quil faut respecter. J'ai trente-six ans et demi de baptistère •, mais j'en ai déjà plus de quarante de bien des façons. Je vous assure que vous me trouveriez souvent bien raisonnable. Galanterie, politique, etc., etc., tout serait jugé entre nous, je vous assure, avec équité et souvent avec gaieté, malgré les malheurs affreux du temps. En voici un nouveau, mais qui est effroyable. Quelques fanatiques ont

1. C'était le secrétaire intime au I 2. L'expression est impropre : il roi, qui était venu consulter dM veut dire que son acte de haptimt médecins en Frane«L. lui donne 36 ans et demi.

LETTRES DV DIX-HUlTiÊME SIECLE.

menacé les paysans de notre lîliraine de toutes soiies do maux s'ils ne promettaient de cesser d'être grecs non unis pour devenir grecs unis, c'esl-à-dire s'ils ne cessaient d'expliquer ia Trinité comme -on l'explique à Pétersbourg, pour l'expliquer à la façon romaine. Jugez si ces malheureux paysans y entendent quelque chose ! Mais cela a suffi pour les faire révolter; et ce n'est pas un jeu gu'une révolle de ces gens-là. Ils sont très nombreux, armés et toujours atroces quand ils se révoltent; ils massacrent actuellement leurs maîtres, avec femmes et enfans, tout prêtre catholique et juif. 11 y a déjà des milliers d'hommes égorgés. Cette révolle gagne comme un feu d'artifice, parce que le fanatisme grec en eux est joint au désir de l'indépendance. C'est une race cosaque, ennemie des Polonais depuis les guerres semblables sous le règne de Jean Casimir*, au siècle passé. Les moyens d'arrêter ce torrent sont très-difficiles à trouver. J'en suis extrêmement occupé. C'est le fanatisme grec et serf qui combat le fer et la flamme à la main contré le fanatisme catholique et noble. Mais en voilà ^-ïssez. J< voudrais vous mander quelque chose de moins triste ; mak tel est mon sort, que faire? Il faut le supporter et bander les plaies à mesure qu'il s'en forme, tant qu'il y a de h charpie. Toujours est-il vrai que sans la confédération de Bar* ce nouveau malheur ne serait pas arrivé. Celte confédération de Bar est presque détruite, mais elle repousse de nouveaux bourgeons dans d'autres endroits. Dans la ville de Cracovie*, et dans une partie du palatinat de Russie, elle vient de se produire. 0 Dieu ! Pourquoi la nation, m'a-t-ellfc méconnu? A présent elle m'a mis presque dans l'impossibilité de la tirer de l'abîme où elle s'est jetée.

1. JeaD-Casimir (160y-167ï) fut élu en 1648, abdiqua en 1667 et mourut en France abhé de Saint- Germaia-des-Prés.

2. Le '29 février ITGH, l'ulaw^ki, KiMiii-ki ot tl';iuti'(;s iioIjIcs polonais foriiièr»'nl la (ionfédtrrilioii de

Bar, pour lutter contre ringércuce de la Russie dans les affaires de Pologne, et contre le roi Stanisiaa, qui passait pour s'y prêter.

5. Cracf»vie se coiifrdi'ia, fut ass.ii';;<'e |i;ir le ^('-iiôral lu^sc Apraxiu cl fui f.iiipurtMM \v. 20 »uùl i:(;kk.

STANISLAS-AOGDSTE PONIATOWSKl. 42)

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