‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 310 sur 547 · LE PARTAGE DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE LA POLOGNE

A Madame Gsomun.

Ce 10 avril 1775.

Ce n'est pas quand votre ami est malheureux que vous rosserez de l'aimer. Et je le suis de toutes les façons parce que la déraison, l'injustice et la calomnie ont conspiré < (Hilre moi. Les Polonais ont eu la déraison de trouver à K'dire que j'aie voulu que l'État eût des revenus et une

1. Le traité de partage avait été | l'Autriche et la Russie, qui avainit iigné le 3 août 1772 entre la Prusse, | fjitenlrerleurstroupcsdaiisle pys.

armée, et que j'aie voulu et que j'aie commencé à remettre l'ordre dans ce pays. Je voulais abattre l'idole funeste du liberum veto*. Ils l'ont rétabli avec éclat à l'aide des étrangers qui, ne pouvant se refuser au mépris que méritaient de tels Polonais, les ont asservis, après avoir été appelés par eux, et ont exercé, en Pologne, tout ce que la plus grande force peut contre l'extrême faiblesse. Enfin la calomnie, qui a osé dire que j'avais été complice du démembrement de la Pologne, voudrait faire oublier que, dans ce démembrement, je perds les trois quarts de mon propre revenu; que mes frères, mes plus intimes serviteurs sont dépouillés et réduits à l'indigence ainsi que moi-même. On vient de séquestrer à Branicki», de la part de l'Autriche, tout son bien uniquement à cause qu'il est en France. Il gst vrai que ce n'est point pour y faire approuver le partage de la Pologne que je l'ai envoyé. J'ai fait ce que j'ai pu pour reculer les comparses nationales* afin de reculer le moment de souscrire à notre malheur et pour laisser le temps à l'Europe de venir à notre secours. Qu'en est-il arrivé? L'Europe m'abandonne, me refuse tout secours, et ceux qui me dépouillent m'accusent que, par mon opposition à leur volonté, je suis la cause de l'aggravation des maux que leurs troupes font soulfrir à ma nation. Il se trouve encore des gens qui, ne craignant jamais le reproche d'inconséquence, me blâment aujourd'hui de n'avoir pas été assez bien avec la Russie, tandis que, pendant cinq années, ils m'ont fait la guerre et m'ont assassiné, uniquement à cause qu'ils me taxaient, quoique à tort, d'avoir été trop bien avec elle, îîe voici à la veille de la diète*. Si je m'y donne du mou-

1. Après l'élection de Stanislas, la diète avait aboli le liberum veto et renforcé l'autorité royale. Alors Catherine II intervint, sous prétexte de secourir les dissidents opprimés par les catholiques. Le liberum veto fut rétabli en 1767.

t. U oomt« Branicki était d'unt

famille alliée à celle de Ponialowski

3. Comparse était primitivement féminin et signifiait entrée en scène.

4. Convoquée par les trois pui»* sances partageantes, qui semblaient disposées k consentir à certaines réformes dans la constitutioa dh

STANISLAS-AUGUSTE PONIATOWSKl.

Tement, avec succès, pour obtenir un meilleur gouveinemenl, pour compensation de notre démembrement, la mlomnÏB me déclare ) complice du démembrement par la bouche de ceux qui s'obstinent à m'imputer le désir du despotisme, toutes les fois que je travaille à faire sortir la Pologne de l'anarchie. Si je négligeais celte occasion où mes tout-puissans voisins se disent disposés à accorder a ce reste de Pologne un meilleur gouvernement, j'en serais responsable au tribunal du bon sens. En attendant que cette diète décide notre sort, je meurs de faim. Vous me direz : vous avez encore près d'un quart de vos revenus. Oui, mais je n'ai pas pu congédier assez de bouches pour suffire à nourrir celles que les calamités font retomber à ma charge. Je dis plus que jamais : Heureux les gens morts! Heureux mon frère qui est mort à Vienne*! Il souffrirait trop de me voir dépouillé par cet empereur qu'il servait si bien.

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