LE COMTE DE STEDINGK
Né dans la Poméranle suecfoise, comme le scrrice de Suède \và offrait peu d'espérance« d'avancement, Stedingk obtint un grade au Royal-Suédois, qui tenait garnison à Strasbourg. Parmi toui ceux de ses compatriotes qui étaient en France, Stedingk fut avec le beau Fersen le mieux accueilli de la société et des souverains. Devenu lieutenant-colonel, il fit la campagne d'Amérique et se distingua sous les ordres du comte d'Ëstaing.
Populaire i Paris pour une blessure qu'il reçut k la prise de la Grenade, fêté à Versailles, admis aux petits soupers de la reine, qui voulut le marier, il fut rappelé dans son pays par la guerre qui éclata en 1787 entre la Suède et la Russie. 11 se montra habile et énergique dans la défense de la Finlande, et fut après la paix ambassadeur en Russie. Comme Fersen, il garda jusqu'au bout un attachement chevaleresque à Louis XYI et à Marie-Antoinette : le roi et la reine trouvèrent chez ces étrangers un dévouement plus pur et plus exempt d'égoïsme que chez tant de Français qu'ils avaient comblés de bienfaits et qui ne surent pas leur sacrifier une passion ni un préjugé. Stedingk aimait la France comme une autre patrie : la plus grande douleur que lui infligea la Révolution fut la perte du grade qu'il avait acquis dans l'armée française. Le temps n'effaça pas ces sentiments et, quand il revjnl à Paris en 4814 comme ambassadeur auprès de Louis XVlll, ce ne fut pas en étranger qu'il y renti^a, mais en exilé qui revoit après un quart de siècle une patrie toujours chère.
Au reste, il fut des nôtres par l'esprit comme par le cœur : ce Pomcranien parlait et écrivait notre langue en perfection, avec la plus spirituelle aisance, et, de Versailles ou de Pélersbour;.^-, il envoyait, à son maître dos lettres dont la vivacité picpiante et la glace légère eussent pu servir de modèle à nos courlisans français.