TRISTESSE
A MoNSiEOH DELsyai.
14 mai 1789.
0 faut, mon ami, que je me prive, pour le moment, du plaisir de vous voir, et de confondre mes larmes avec les vôtjrf*s, car vos entrailles ne mattqueraient pas de s'émouvoir à la vue d'un père et d'un ami malheureux. Mon enfant est encore dans mon co?ur, et elle y sera toujours. J'ai lutté avec quelque courage contre l'adversité, mais je n'ii point de force contre les douleurs de la nature.
0 ma fille! hélas! je le sais, elle était mortelle, je le suis aussi, et voilà ce qui adoucit ma peine; car je la rejoindrai, cette chère enfant, et au fond de cette même terre où elle m'a précédé si jeune, et qui attend ma vénérable mère, à laquelle je suis peut-être condamné à survivre.
Que j'ai été, que je suis, que je serai malheureux ! J'ignore où la Providence me conduit par ce chemin de larmes; mais pourquoi a-t-elle semé sur ma vie, de distance en distance, de ces grandes désolations qui en font sentir au doigt toute la misère*? Et dans quelles époques! comme tout cela est arrangé ! il y a du dessein dans cette conduite. Ah! puissé-je bien l'entendre!
Vous m'avez dit souvent dans nos promenades solitaire : Que ne iuit-je encore dans ce jardin d'une maison de jésuites^ dans cette retraite pieuse et champêtre, h genoux^ au pied du vieux sycomore, où /adressais à Dieu les élans d'une première ferveur et d'un vif amour*. Mon cher ami, ce n'e>l que là qu'on peut trouver quelque consolation quand ott a perdu sa fille. Pour mieux dire, ce ne sont pas d< > consolations qu'on y trouve, mais on s'y fortifie dans la certitude de la rejoindre; car on ne veut point être consolé.
i. Il venait de perdre une fiUe.
î. Que na-t-i! su dire cela en
Wis? La poésie lyrique renaissait.