La famille royale
CAMILLE DESMODLmS. 6»
sssure. D retourna à pied, n'ayant pour gardes q?ie nos dépufés qui le ramenaient. Target* me dit que ce fut une bien belle procession. Le soir, la procession de Paris fut plus belle encore. Cent cinquante députés de l'Assemblée nationale, clergé, noblesse et communes, étaient montés dans les carrosses du roi pour venir apporter la paix. Ils arrivèrent à trois heures et demie à la place Louis XV«, descendirent de voilure et furent à pied, traversant la rue Sainl-Honoré jusqu'à lilôiel-de-Ville. Ils marchèreni sous lesdrapeaux des gardes-françaises, qu'ils baisaient en disant : i Voilà les drapeaux de 1^ nation, de la liberté », et au milieu de cent mille hommes armés, et de huit cent mille avec des cocardes rouges et bleues*. Le rouge pour montrer qu'on était prêt à verser son sang, et le bleu pour une constitution céleste. Les députés avaient aussi la cocarde. On fit halte devant le Palais- Hoyal et devant le garde-française sur le phaélon de M. d<' Launay, dont la ville lui avait fait présent, ainsi que des chevaux superflus du gouverneur décapité. 11 avait une couronne civique sur la tiMe. Il donnait la main à tous les députés. Je marchais i'èpé^ nue à < ôl»' de Target, avec qui je causais. Il était d'une joit inexprimable. Elle brillait dans tous les yeux et je n'ai rieu vu de pareil. Il est impossible que le triomphe de Paul* Emile ait été plus beau. J'avais pourtant eu plus de joie encore la veille, quand je montai sur la brèche de la Uastille rendue, et qu'on y arbora le pavillon des gardes et des milices bourgeoises. Là étaient la plupart des zélés patriotes. Nous nous embrassions, nous baisions les maiiif (l»s gardes-françaises en pleurant de joie et d'ivresse.
Votre fils. Desmouluvs.
1. Target (1733-1800), arocal de Paris, député aux États généraux, refusa plus tar.l de délctidre Louis XVI.
t. Qui devint la place de la Révolution, y)uif df la f'oncorde.