‹ Choix de lettres du 18e siecle, publiées avec une introd. des notices et des notesChapitre 82 sur 547 · L'ARRIVEE EN PRUSSE · texte numérisé non relu

L'ARRIVEE EN PRUSSE

A Monsieur lk comte d'Ahoental*.

A Potsdam, ce 24 juillet 1750.

Mes divins anges, je vous salue du ciel de Berlin ; j'ai passé par le purgatoire pour y arriver. Une méprise m'a retenu quinze iours à Clèves, et malheureusement ni la

1, GenUlhomme de la cliambre.

« Le roi mon maître * est plaisant dans la bouche de M. Arouel, même devenu M. de Voltaire,

2. Le comte d'Argental (1700- 1788), neveu de M" de Tencin, fut

conseiller au Parlement de ï*aris, puis ministre de Parme à Paris. Ce fut le plus intime ami, le confident et conseiller ordinaire de Voltaire, qui appelait M, et M— d'Argental ses anges gardiens.

VOLTAIRE

duchesse de Clèves, ni le duc de Nemours» n'étaient dans !«' château. Les ordres du roi pour les relais ont été arrêtés quinze jours entiers ; j'aurais dû consacrer ces quinze jours à Aurélie', et je ne les ai employés qu'à me donner des indigestions. Je vous fais ma confession, mes anges. Enfin me voici dans ce séjour autrefois sauvage, et qui est aujourd'hui aussi embelli par les arts qu'ennobli par la gloire. Cent cinquante mille soldats victorieux, point de procureurs, opéra, comédie, philosophie, poésie, un héros philosophe et poète, grandeur et grâce, grenadiers et Muses, trompettes et violons, repas de Platon, société et liberté! Qui le croirait? Tout cela pourtant est vrai, et tout cela ne m'est pas plus préciçux que nos petits soupers. Il faut avoir vu Salomon dans sa gloire; mais il faut vivre auprès de vous, avec M. de Choiseul et M. l'abbé de Chauvelin». Que cette lettre, je vous en prie, soit pour eux; qu'ils sachent à quel point je les regrette, même quand j'entends Frédéric ie firand. Je suis tout honteux d'avoir ici l'appartement de M. le maréchal de Saxe. On a voulu mettre l'historien dans la chambre du héros.

A de pareils honneurs je n'ai point dû m'attendre ; Timide, embarrassé, j'ose à peine en jouir. Quinte-Curce lui-même aurait-il pu dormir, S'il eût osé coucher dans le lit d'Alexaiidi'e?

*iais dans quel lit couchez-vous, vous autres? Est-ce auprès du Bois de Boulogne? est-ce à Plombières? est-ce à Paris? Mme d'Argental a-t-elle eu besoin des eaux? Il y a un mois que j'ignore ce que j'ai le plus d'envie de savoir. On m'a mandé que VEsprit et le sentiment de Mme de Graffigny* avait réussi. Ma troupe a joué chez moi Jule» César.

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