‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 229 sur 558 · Cf. p. 133, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 133, n

5. A propos de la Le.ltreà Dalent' berl sur les spectacles. A. D'i'lalilir un tlic'àlre à Gouève.

b- Chu/ Vullairi»

JE Arî- JACQUES ROUSSEAU.

A l'égard des cercles*, je conviens de leurs abus, et je n'en doutais pas ; c'est le sort des choses humaines : mais je crois qu'aux cercles détruits succéderont de plus grands abus encore. Vous faites une distinction très judicieuse sur la différence des républiques grecques à la nôtre, par rapport à l'éducation publique : mais cela n'empêche pas que cette éducation ne puisse avoir lieu parmi nous, et qu'elle ne l'ait même par la seule force des choses, soit qu'on le vanille, soit qu'on ne le veuille pas. Considérez qu'il y a une

inde différence entre nos artisans et ceux des autres pays. Un horloger de Genève est un homme à présenter partout; un horloger de Paris n'est bon qu'à parler de montres*. L'éducation d'un ouvrier tend à former sesdoigts, rien de plus. Cependant le citoyen reste. Bien ou mal, la tête et le cœur se forment; on trouve toujours du temps pour cela, et voilà à quoi l'institution doit pourvoir. Ici, monsieur, j'ai sur vous, dans le particulier, l'avantage que vous avez sur moi dans les observations générales : cet état* (if s artisans est le mien, celui dans lequel je suis né, dans 1 Miuel j'aurais dû vivre, et que je n'ai quitté que pour mon malheur. J'y ai reçu cette éducation publique, non par une institution formelle, mais par des traditions et des maximes (lui, se transmettant d'âge en âge, donnaient de bonne lieure à la jeunesse les lumières qui lui conviennent et les sentiments qu'elle doit avoir. A douze ans, j'étais un Romain ; à vingt, j'avais couru le monde, et n'étais plus qu'un polisson. Les temps sont changés, je ne l'ignore pas; mais ( est une injustice de rejeter sur les artisans la corruption juiblique; on sait trop que ce n'est pas par eux qu'elle a commencé. Partout le riche est toujours le premier cor-

1. Voyez la lettre à Dalembert (Ters la (in), où J.-J. Rousseau prend vivement la défense des cercles :

€ De toutes les sortes de liaisons qui peuvent rassembler des particuliers dans une ville comme la ûôlre, les cercles forment sans con-

tredit la plus raisonnable, la plus Ironnête et la moins dangereuse, parce qu'elle ne veut ni ne peut se cacher, qu'elle est publique, permise et que l'ordre et la règle ▼ régnent. »

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