Ua uloïdeux Dis du Com.e de
à ressort, qui allaient, venaient, parlaient, riaient sans penser, sans réfléchir, sans sentir; chacun jouait son rAle par habitude : madame la duchesse d'Aiguillon* crevait de rire, madame de Forcalquier dédaignait tout, madame de La Yallière jabotait sur tout. Les hommes ne jouaient pas de meilleurs rôles, et moi j'étais abîmée dans les réflexions les plus noires; je pensais que j'avais passé ma vie dans les illusions; que je m'étais creusé moi-même tous les abîmes dans lesquels j'étais tombée; que tous mes jugemens avaient été faux et téméraires, et toujours trop précipités, et qu'enfin je n'avais parfaitement bien connu personne; que je n'en avais pas été connue non plus, et que peut-être je ne me connaissais pas moi-même. On désire un appui, on se laisse charmer par l'espérance de l'avoir trouvé; c'est un songe que les circonstances dissipent et qui font l'eflel du réveil*. Je vous assure, mon tuteur, que c'est avec remords que je vous peins l'état de mon âme; je prévois non seulement IVnnui, mais à qui puis-je avoir recours? Vous penserez, >i vous ne l'articulez pas : pourquoi faut-il que ce soit à iiiui? pourquoi faut-il que des soins, des attentions que la lionté de mon caractère m'ont portée à avoir, aient pour moi l'inconvénient d'être devenus l'objet d'une correspondance aussi triste? Vous avez raison, mon tuteur, et vous aurez grande patience si vous consentez à la continuer.
1. La duchesse d'Aiguillon, née Ciiahot, était la mère de celui qui succéda à Choiseul dans le ministère. — M"* de Forcalquier, capricieuse, coquette, sentimenlale, un peu bas-bleu, était liée avec M"* Du Dedand depuis 1742. Leur amitié •e retri.idit après une querelle
qu'elles eurent en 1770. — La duches.se de la Vallière était fille du duc d'Uzès, et femme du célébra bibliophile.
i. Le sens est clair; mais, pai une inadvertance deM~*duDefrand, la phrase est grammaticaleuieol inintelligible.
386 LETTRES DU DlX-liUlTIEME SIECLE.