‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 339 sur 558 · LES « CAFES · texte numérisé non relu

LES « CAFES

A MoNSIRUn DE LtlBIÈRE*.

Février 1705.

Depuis que je ne vous ai écrit, monsieur notre oncle, j'ai été enrhumée, je me suis guérie, je suis devenue grand'mère-, j'ai perdu la vue, je l'ai recouvrée; en voilà plus qu'il n'en faudrait pour excuser mon silence : mais vous savez bien que je ne m'en excuse jamais; je vais mon petit chemin tout bonnement, faisant le plus de bien et le moins de mal que je peux, mais ne replâtrant jamais mes sottises, car cela ne sert qu'à les faire remarquer davantage. Du reste, pour cette fois, sans tirer à conséquence, vous n'avez pas droit de vous plaindre, car vous devez deux réponses.

Je vous ai envoyé, en dernier lieu, V École de la Jeunesse, je suis très curieuse de savoir ce que vous penses de cet

1. M. de Lubicrc habitait Genèye. l fille, venait d'avoir un ft(s« Annan t. La TÏcomtcese de Bdsuncc, so | de Uclzunce<

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MADAME DEPINAY. 437

pièce; elle a été mise en musique par Duni*. Philidor' nous en donne une autre au même théâtre, le 28 de ce mois, dont le sujet est tiré du roman de Tom Jones, et toutes les têtes sont en l'air dans l'attente de ce grand jour. Chacun de ces auteurs a un parti et des cabales considérables, de sorte que les grands intérêts qui meuvent aujourd'hui nos âmes sont l'Opéra-Comique et les cafés. Les cafés' surtout prerment avec une vivacité prodigieuse; mais vous ne savez peut-être pas ce que c'est qu'un café? C'est, en deux mots, le secret de rassembler chez soi un très grand nombre de gens sans dépense, sans cérémonie et sans gêne; bien entendu qu'on n'admet que les gens de sa société; or, voici comme on s'y prend.

Le jour indiqué pour tenir café, on place dans la salle destinée à cet usage plusieurs petites tables de deux, de trois ou de quatre places au plus; les unes sont garnies de cartes, jetons, échecs, damiers, trictracs, etc.; les autres de bière, vin, orgeat et Umonade. La maîtresse de la maison qui tient le café est vêtue à l'anglaise : robe simple, courte, tablier de mousseline, fichu pointu et petit chapeau; elle a devant elle une table longue en forme de comptoir, sur laquelle on trouve des oranges, des biscuits, des brochures, et tous les papiers publics. La tablette de la cheminée est garnie de liqueurs; les valets sont tous en vestes blanches et en bonnets blancs; on les appelle garçons, ainsi que dans les cafés publics ; on n'en admet aucun d'étranger; la maîtresse de la maison ne se lève pourperïonne; chacun se place où il veut et à la table qu'il lui plait. La salle à manger est meublée de même par un grand nombre de petites tables de cinq places au plus; elles sont

1. Duui (1709-1775), compositeur napolilain, qui se fixa à Paris en 1757, et travailla le plus souvent lur des livret* de Favart.

i. André Daoican, dit Philidor (1726-1795), né à Dreux, est presque •ussi connu par sa science du jeu

d'échecs que pur son talent musical.

Tom Jones, comé<lic lyrique en trois actes, dont Poinsinet avait lait les paroles, tomba à plat.

3. Cette mode dura quclipie temps. On vit, en 1778, Marie-Aiiioinette tenir des caféx k Marly.

numérotées et l'on tire les places pour éviter les tracasseries et la cérémonie qu'un grand nombre de femmes entraîneraient nécessairement. L'étiquette du souper est une poule au riz sur le bufTet et une forte pièce de rôti, et sur chaque petite table une seule entrée relevée par un seul entremets. Cette mode me paraît très bien entendue par la i^rande liberté qu'elle établit dans la société. 11 est à craindre qu'elle ne dure pas, car l'esprit de prétention commence déjà à troubler dans sa naissance l'économie d'une si belle invention.

Mais ce n'est pas tout; il y a tout plein d'accessoires cliarmans à tout cela : on y joue des pantomimes, on y danse, on y chante, on y représente des proverbes* : les proverbes avaient déjà pris faveur dans les sociétés avant l'établissement des cafés; on choisit un proverbe quelconque, on bâtit à l'improviste un canevas qui doit être rendu par plusieurs personnages, et quand ils ont bien rempli leur rôle, l'assemblée doit deviner le proverbe qu'ils ont voulu rendre.

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