LES VENDREDIS DE MADAME NECKER
A Madame Necker
Naples, 4 août 1770.
Mais c'est à condition que vous ne me répondrez pas par une lettre trop belle, ni trop sublime; je veux savoir de vous, Madame, tout bonnement, tout platement, comment vous portez-vous? Que faites-vous? Comment se porte M. Necker? Que fait-il? vous amusez-vous? Vous ennuyez-vous? Voilà mes demandes et mes curiosités. Elles sont naturelles, car, n'en doutez pas, il n'y a point de vendredi que je n'aille chez vous en esprit. J'arrive, je vous trouve tantôt achevant voire parure, tantôt prolongée sur cette duchesse 2. Je m'assieds à vos pieds. Thomas en souffre tout bas, Morellet en enrage tout haut, Grimm, Suard en rient de bon cœur et mon cher comte de Creutz ne s'en aperçoit pas. Marmontel trouve l'exemple digne d'être imité', et vous, Ma-
1. Suzanne Curchod de Nasse (1759-1794J, fille d'un ministre proicstanl, épousa Necker en 17Gi.
Très instruite et très intelligente, elle écrivait avec un peu de lourdeur et d'apprèl. Elle fut très bienfaisante et fonda, en 1778, l'hôpital qui porte le nom de son mari.