‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 437 sur 558 · LA COMTESSE DE LA MARCK · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE LA MARCK

réjouissance^ fut de 1200 louis, et tout le monde meurt de faim! Cet esprit de vertige me rendit triste et rêveuse le reste de la soirée. Mme Dubarry jouait à la table du roi, et entourée de la famille royale. Personne, ni à la table ni dans le salon, ne lui parla de la soirée, si ce n'est le roi et son neveu, le petit Dubarry. Ce courage général devrait ouvrir les yeux du roi.

Le roi ne peut se suffire à lui-même, et ses enfants ne lui sont d'aucune ressource. Ses filles* ont de petites têtes I... impossible d'y rien mettre de raisonnable. M. le Dauphin ' montre quelques vertus sauvages, mais sans esprit, sans connaissances, sans lecture, n'en ayant pas même le goût, et dur dans ses principes comme brut dans ses actions. M. le comte de Provence* est doux, a de l'esprit, assez d'acquit, mais il est glorieux et... je ne dirai pas le reste, de peur de déplaire à Votre Majesté. Sa femme est laide et maussade, on dit qu'ils ne s'aiment pas. M. le comte d'Artois a de l'esprit 5, le désir de plaire et de rendre heureux ceux qui l'environnent. Tous ceux qui le voient l'aiment ; il grandit et est moins épais ; celui-là fait toute notre espérance, car M. le dauphin et M. le comte de Provence vraisemblablement n'auront point d'enfant.... Elle est johe, cette dauphine^, elle a de l'esprit, et une grâce et un agrément dans toute sa personne qui n'appartiennent qu'à elle; mais sa grande jeunesse et un peu de frivohté, apanage de son âge, la rendent inutile au roi. D'ailleurs il en a été mécontent au sujet de Mme Dubarry. Si celle-ci tombe, elle entraînera plus d'un ministre à sa suite; je supplie Votre Majesté de n'en point douter. Le reste de la eour est divisé d'esprit et de principes, et on se déchire à

1. Au lansquenet, c'est une carte 8ur laquelle tous les coupeurs et les autres peuvent mettre de l'argent.

2. M— Adélaïde (1732-1800), Victoire (1733-1799), Sophie (1734- 1782), Louise (1737-1787), carmélite en 1771.

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