Le prince de Ligne Jugeait plui sévèrement Louis XVI
CATHERINE II
A propos de couplets, vous n'avez pas vu celui que j'ai fait l'autre jour, pour la reine, en la menaçant de lui jouer le tour qu'elle redoute le plus, qui est d'être nommée au bal de l'Opéra. Le voici :
Dans ce temple où l'incognito
Règne avec ta folie.
Vous n'êtes grâce au domino
Ni reine ni jolie.
Sous ce double déguisement
Riant d'être ignorée^ Je vous nomme et publiquement
Vous serez adorée.
Je vous en prie, mon prince, mon bon prince, n'allez pas me sabrenauder mon couplet en lui faisant l'honneur de le chanter vous-même*, laissez-en le soin à ma cousine, qui le mettra en pleine valeur, adorez-la pour moi, diteslui que j'irais à Bruxelles, toutefois, pour elle, fût-ce sur ma tète, et aimez-moi tous deux.
CATHERINE II'
Avec un style incorrect, négligé, émaillé d'expressions insolites et bizarres, entremêlé sans cesse d'allemand, style rude et informe s'il en tut, Catherine II n'a jamais été ni prétendu être un écrivain. Cependant elle mérite une place dans ce recueil : parce qu'elle fut un des plus grands esprits de ce siècle, et que
1. Le prince de Ligne avait la voix fausse. La prétendue cousine est M'" d'Hannetaire, fille du directeur du théâtre de Bruxelles.
2. Correspondance de Catherine II et de Falconet, Saint-Pétersbourg, in-i, 1876. — Lettres de Catherine II à Grimm, Saint-Pé-
tersbourg, in-4, 1878. (Publication de la Soc. Imp. d'Histoire Russe, sous la direction de M. Grote). — Joseph II et Catherine de Russie, leur correspondance, par le chevalier d'Arneth, Vienne. 1869 — Cf.
aussi dans la Correspondance de Voltaire les lettres de Catherine.
sa pensée, bien ou mal exprimée en français, est sur tout sujet intéressante; parce qu'elle a aimé, non la France assurément, mais la langue, la littérature, les grands écrivains de la France; parce qu'elle a droit à une place dans notre histoire littéraire par ses relations avec les philosophes, qui ne furent point purement intéressées ; — elle en fit sans doute les trompettes de sa gloire; mais il y entrait de sa part beaucoup de réelle et sincère admiration, mais elle garda le culte deToltaire mort et muet; — parce qu'enfin elle a de l'esprit, de la verve, une vigueur pittoresque de langage, le don des formules expressives avec je ne sais quoi de brusque, de décidé, de viril ou plutôt hommasse dans l'accent et l'allure de la phrase, qui donne une nouvelle justesse au mot du prince de Ligne : Catherine le Grand.