Résidence impériale à sept vcrsles fie Moscou
S.LesCanterair étaient d'origine Moldave.
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de baies, et voilà que les promeneurs, allant d'étang en étang, tantôt en voiture, tantôt à pied, se trouvent à sept immenses verstes de Kolomeriski à convoiter le bien de leur voisin, vieillard de soixante-dix ans et quelque chose, qui ne se souciait aucunement ni des eaux ni des bois, ni des belles vues qui ravissaient ces promeneurs. Il passait sa vie à jouer aux cartes ou à pester des pertes qu'il faisait; or, prudemment et avec toute la délicatesse possible, voilà que toute la cour, la maîtresse à la tète, se mettent à intriguer pour tàter le terrain chez son Altesse, pour savoir s'il gagne ou perd, s'il vend sa terre, s'il en fait cas, s'il y vient souvent, s'il a besoin d'argent, qui sont ses amis, par qui le pressentir : point de complaisance, nous ne voulons point le bien d'autrui, nous achetons, mais nous refuser n'est pas à crime : comme il vous plaira, Monsieur, nous convoitons un tantinet, mais nous pouvons nous en passer. Mes courtisans en l'air, l'un vient dire : « Il m'a refusé, il ne vend pas. — Eh bien, tant mieux! » L'autre rapporte : « Il n'a aucun besoin d'argent. — Il est heureux. » Un troisième : «Il dit : je ne puis vendre, je n'ai nihénlior,ni personne : mon bien vient de la couronne; je le lui laisse. — Ilem, hem! » Arrive un cinquième; celui-ci conta que Canlémir disait : « Mafoi, je déclare que ma terre ne sera jamais vendue qu'à la couronne.— Ah! c'est joli! » Voilà qu'on lui dépêche un envoyé extraordinaire pour savoir s'il aime cette terre : « Point du tout, dit-il, et pour preuve, c'est que je suis établi dans une autre; celle-là m'est venue de mon frère, et je n'y vais jamais; elle ne peut convenir qu'à l'impératrice. — Qu'en voulez-vous, Monsieur? dit l'envoyé en s'inclinant. — '20 000 roubles.
— Monsieur, je suis autorisé à vous en donner 25 000. » Les commentaires sont toujours longs! Il a fallu bitir après que le contrat d'achat a été conrlu et dans quinze jours de temps, grâce à nos bâtimens de bois, voilà qu'aujourd'hui je suis venue m'établir ici. Ouf! quel commentaire!
— Mais ici n'est pas le nom de mon acquisition : c'est Tsarilsino-Sclo que je Tai nommée. Ce bel endroit qui, au dire
de tout le monde, est un paradis terrestre, s'appelait boue noire, Tchernaïa Griass.
An MÊME.
A Tsarskoé-Sélo*, ce 21 juin 1778.
Hélas! je n'ai que faire de vous détailler les regrets que j'ai sentis à la lecture de votre numéro 19. Jusque-là j'espérais que la nouvelle de la mort de Voltaire était fausse, mais vous m'en avez donné la certitude, et tout de suite je me suis senti un mouvement de découragement universel et d'un très grand mépris pour toutes les choses de ce monde. Le mois de mai m'a été très fatal : j'ai perdu deux hommes'* que je n'ai jamais vus, qui m'aimaient et que j'honorais — Voltaire et Chatam; longtemps, longtemps et peut-être jamais, surtout le premier, ne seront-ils remplacés par des égaux, et jamais par des supérieurs, et pour moi ils sont irréparablement perdus; je voudrais crier. Mais est-il possible qu'on honore et déshonore, qu'on raisonne et déraisonne aussi supérieurement quelque part que là où vous êtes? On a honoré publiquement, il v a peu de semaines, un homme qu'aujourd'hui on n'ose v enterrer ', et quel homme ! Le premier de la nation et don : ils ont à se glorifier bien et dûment. Pourquoi ne vous êtes-vous point emparé, vous, de son corps, et cela en mon nom? Vous auriez dû me l'envoyer, et morgue! vous avez manqué de tête pour la première fois dans votre vie en ce moment; je vous promets bien qu'il aurait eu la tombe la plus précieuse possible; mais si je n'ai point son corps, au moins ne man-
1. Tzarskoe-Selo est à une vingtaine de verstes de Saint-Pétersbourg, sur la route de Moscou.
2. Voltaire était mort le 30 mai et lonl Chalham, William Pilt, le limai.
3. On sait que la sépulture ecclésiastique fut refusée à Voltaire, cl que l'abbé Mignot transporta le corps de son oucle à l'abbaye de Sellières qu'il avait en commende, et l'y ensevelit.
CATHERINE II
quera-t-il pas de monument chez moi*. Quand je viendrai en ville cet automne, je rassemblerai les lettres que ce grand homme m'a écrites, et je vous les enverrai. J'en ai un grand nombre, mais s'il est possible, faites l'achat de sa bibhothèque et de tout ce qui reste de ses papiers, inclusivement mes lettres. Pour moi, volontiers je paierai largement ses héritiers, qui, je pense, ne connaissent le prix de tout cela.