‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 499 sur 558 · Au comte de Vergcnnes · texte numérisé non relu

Au comte de Vergcnnes

3. M. Uennin lui représenta cette gratification comme un bienfait honorable du roi, et Bernardin de Saint-Pierre se décida à l'accepter.

Ce n'était pas au reste la première

qu'il recevait, mais il fut blessé de se voir rangé cotte fois parmi les pauvres geru de lettres qu on aidait. Enfin il reçut les trois cents livres, mais sa fierté souffrit encore, quand on les lui remit sans lettre d'annonce, ni aucune forme flatteuse.

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

marché, une multitude de petites commodités, réunies dans quatre petites pièces dont deux étaient tapissées d'un joli papier, les jardins qui m'environnent et qui m'embaumeront dans quelques semaines d'ici, sont, après le séjour d<î U campagne pour lequel je soupire depuis si longtemps, ce qui pouvait peut-être m'agréer le plus dans Paris. Mais, ml ab omne parte beatum^, je loge dans un grenier au quatrième, et la maison est sur le point d'être vendue, ce qui peut-être m'obligera d'en déloger dans six mois ; je suis épuisé par les dépenses de mon ameublement, je suis loin de mes promenades accoutumées, et de mes anciens amis, loin de vous de plus d'une lieue.

J'irai vous voir à la première violette ; j'aurai bien près de cinq lieues à aller, j'irai gaiement, et je compte vous faire une telle description de mon séjour, que je vous ferai naître l'envie de m'y venir voir et d'y prendre une collation. Horace invitait Mécène à venir manger dans sa petite maison de Tivoli un quartier d'agneau et boire du vin de Falerne*. Comme il s'en faut bien que ma fortune approche de sa médiocrité d'or, je ne vous donnerai que des fraises et du lait dans des terrines, mais vous aurez le plaisir d'entendre les rossignols chanter dans les bosquets des dames anglaises, et de voir leurs pensionnaires et leurs jeunes novices folâtrer dans leur jardin'

A Paris, ce 7 février 1781.

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