SOLEIL COUCHANT
A Mademoiselle Cannet.
Du 6 juillet 1776.
11 faut que je te fasse l'histoire d'une sensation que j'éprouvais ces jours passés; je te retracerai d'abord un tableau qui t'est connu, mais il est besoin de le mettre sous tes yeux, parce que sa vue me pénétrait singulièrement, grâce à cette sensibilité qui me rend susceptible de mille nuances de situation, imperceptibles pour d'autres que pour moi. Tu sais que j'habite les bords de la Seine*, vers la pointe de cette île où se voit la statue du meilleur des rois*. Le fleuve qui vient de la droite, laisse couler paisiblement devant ma demeure ses ondes salutaires; la succession continue de ses flots épurés' se trouve ralentie par le pont, qui sert de communication aux deux côtés de la ville. Après avoir franchi cet obstacle, le fleuve étend son lit, s'avance avec majesté, glorieux de voir sur ses rives ce Louvre dont
1. M"' Roland habitait le second étage d'une maison située à l'angle du Pont-?<euf et du quai des Lunettes.
S. Henri IV. La périphrase an-
nonce que M"* Roland se pique de faire du style.