‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 536 sur 558 · A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

A LA CAMPAGNE

A Monsieur Dose*.

12 octobre 1785».

Eh! bonjour donc notre ami. Il y a bien longtemps que jf ne vous ai écrit; mais aussi je ne touche guère la plunie depuis un mois, et je crois que je prends quelques-unes des inchnations de la bête dont le lait me restaure : j'asine* à force, et m'occupe de tous les petits soins de la vie cochonne de la campagne. Je fais des poires tapées qui seront déh-

1. Celle description déclamatoire aous aciiemine vers Châleaubriand oi vers Lamartine. — M"' Roland, dans ses Mémoires, a noté la même impression avec plus de simplicité.

< Beaucoup d'air, un grand espace s'offraient à mon imagination vagabonde et roinan tique (notez ce mol à celle date). Combien de fois, de ma fenêtre exposée au nord, j'ai conlempié avec émotion les vastes Jéserls du ciel, sa voûte superbe, izurée, magnifiquement dessinée, jepuis le levant bleuâtre, loin derrière le Ponl-au-Cliange, jusqu'au coucbant, doré d'une brillante couleur derrière les arbres du cours et les maisons de Cbaillot. Je ne manquais pas d'employer ainsi quelques momens' i la lin d'un beau jour, et soif?ent des larmes douces coulaient silencieuscmen de mes yeux ravis, tandis que mon

cœur, gonflé d'un sentiment inexprimable, beureux d'être et reconnaissant d'exister, offrait à l'Être suprême un bommage pur et digne de lui •

2. Fils d'un médecin du roi, Bosc né en 1759 fut administrateur des postes sous le premier ministère de Roland. Il se cacha pendant la Terreur dans la forêt de Montmorency, et mourut en 1828. 11 édita le premier les Mémoires de son amie.

3. Roland (1734-1793) était inspecteur des manufactures à Lyon.

Il passait dix mois de l'année près de Villefranche, au clos de la Tlalière.

A. Elle veut dire qu'elle prend du lait d'ànesse, et que son activité, comme celle de l'âne, est toute employée à des soins vulgaires et domestiques.

cieuses; nous séchons des raisins et des prunes; on fait des lessives, on travaille au linge; on déjeune avec du vin blanc, on se couche sur l'herbe pour le cuver, on suit les vendangeurs, on se repose au bois ou dans les prés; on abat des noix; on a cueilh tous les fruits d'hiver, on les étend dans les greniers. Nous faisons travailler le docteur '.Dieu sait! Vous, vous le faites embrasser; par ma foi, vous êtes un drôle de corps.

Vous nous avez envoyé de charmantes relations qui nous ont singulièrement intéressés; en vérité, vous devriez courir toujours pour le plus grand plaisir de vos amis, et surtout ne pas oublier de les visiter.

Adieu; il s'agit de déjeuner, et puis d'aller en corps cueillir les amandiers. Salut, santé, et amitié par-dessus tout.

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