‹ Choix de lettres du 18e siècle, publiées avec une introduction, des notices et des notesChapitre 549 sur 558 · C'était là que s'assemblaient les patriotes · texte numérisé non relu

C'était là que s'assemblaient les patriotes

CAMILLE DESMOULINS

saurai mourir glorieusement; il ne peut plus m'arriver qu'un malheur, c'est celui de voir la France devenir esclave. » Alors je descendis; on m'embrassait, on m'étouffait de caresses. « Mon ami, me disait chacun, nous allons vous faire une garde, nous ne vous abandonnerons pas, nous irons où vous voudrez. » Je disque je ne voulais point avoir de commandement, que je ne voulais qu'être soldat de la patrie. Je pris un ruban vert et je l'attachai à mon chapeau le premier. Avec quelle rapidité gagna l'incendie! Le bruit de cette émeute va jusqu'au camp *; les cravates, les suisses, les dragons, Royal-Allemand arrivent 2. Le prince Lambesc', à la tête de ce dernier régiment, entre dans les Tuileries, à cheval. Il sabre lui-même un gardefrançaise*, sans armes, et renverse femmes et en fans. La fureur s'allume. Alors, il n'y a plus qu'un cri dans Paris : Aux armes! Il était sept heures. Il n'ose entrer dans la ville. On enfonce les boutiques d'armuriers. Lundi matin on sonne le tocsin. Les électeurs s'étaient assemblés à la Ville». Le prévôt des marchands^ à leur tête, ils créent un corps de miHce bourgeoise de soixante-dix-huit mille hommes, en seize légions. Plus de cent mille étaient déjà armés, tant bien que mal, et coururent à la Ville demander des armes. Le prévôt des marchands amuse, il envoie aux Chartreux et à Saint-Lazare; il tâche de consumer le temps en faisant croire aux districts qu'on y trouvera des armes. La multitude et les plus hardis se portent aux Invalides; on en demande au gouverneur; effrayé, il ouvre son

Page 1