‹ Choix de lettresChapitre 144 sur 494 · Gouverneur de Flandre. 1 -i. Il s'occupait de physique · texte numérisé non relu

Gouverneur de Flandre. 1 -i. Il s'occupait de physique

a bien fait ce qu'il pouvait et ce qu'il voulait faire. Il a mis la raison en vers harmonieux; il est clair, conséquent, facile, heureux dans ses transitions; il ne s'élève pas, mais il ne tombe guère. Ses sujets ne comportent pas cette élévation dont ceux que vous traitez sont susceptibles. Vous avez senti votre talent, comme il a senti le sien. Vous êtes philosophe, vous voyez toutengrand; votre pinceau estfortet hardi. La nature en toutcela vous a mis, je vous le dis avec la plus grande sincérité, fort au-dessus de Despréaux ; mais ces talents-là, quelque grands qu'ils soient, ne seront rien sans les siens. Vous avez d'autant plus besoin de son exactitude que la grandeur de vos idées souffre moins la gêne et l'esclavage. Il ne vous coûte point de penser, mais il coûte infiniment d'écrire. Je vous prêcherai donc éternellement cet art d'écrire que Despréaux a si bien connu et si bien enseigné, ce respect pour la langue, cette liaison, cette suite d'idées, cet air aisé avec lequel il conduit son lecteur, ce naturel"^ qui est le fruit de l'art, et cette apparence de facilité qu'onj ne doit qu'au travail. Un mot mis hors de sa place gâte la plus belle pensée. Les idées de Boileau, je l'avoue encore, ne sont jamais grandes, mais elles ne sont jamais défigurées ; enfin, pour être au-dessus de lui, il faut commencer par écrire aussi nettement et aussi correctement que lui.

Votre danse haute * ne doit pas se permettre un faux pas ; il n'en fait point dans ses petits menuets. Vous êtes brillant de pierreries ; son habit est simple, mais bien fait. Il faut que vos diamants soient bien mis en ordre, sans quoi vous auriez un air gêné avec le diadème en tête. Envoyez-moi donc, mon cher ami, quelque chose d'aussi bien travaillé que vous imaginez noblement ; ne dédaignez point tout à la fois d'être possesseur de la mine et ouvrier de l'or qu'elle

1 Genre de danse où l'on faisait des sauts et des pirouettes, et auquel appartenait la gavotte.

VOLTAIRE

produit. Vous sentez combien, en vous parlant ainsi, jrt m'intéresse à votre gloire et à celle des arts. Mon amitié pour vous a redoublé encore à votre dernier voyage '. J';ij bien la mine de ne plus faire de vers. Je ne veux plus ainici* que les vôtres. Mme du Châtelet, qui vous a écrit, vous l'ait mille compliments. Adieu ; je vous aimerai toute ma vie.

A M. L'ABBE AUNILLON^

Octobre (1742).

AJlahl illahl Allah; Mohammed rezoul Allah'!

Je baise les, barbes de la plume du sage Aunillon, fils d'Aunillon, resplendissant entre tous les imans* de la loi du Christ.

Votre lettre a été pour moi ce que la rosée est pour les fleurs, et les rayons du soleil pour le tournesol^. Que Dieu vous couronne de prospérité comme vous l'êtes de sagesse, et qu'il augmente la rondeur de votre face ! Mon cœur sera dilaté de joie, et la reconnaissance sera dans lui comme sur mes lèvres, quand mes yeux pourront lire les doctes pages

1. Ilelvélius, mandé par Voltaire, était venu à Lille, pour assister aux représentations de Mahoniel.

2. L'abbé Aunillon, né en 1G84, mort en 1766, chanoine et grand vicaire d'Évreux, était, comme on le voit dans cette lettre, ami de la famille d'Argental. Amateur de belles-lettres et écrivain à ses heures, Aunillon a composé une comédie et des romans. II avait

adressé à Voltaire, à l'occasion de la tragédie de Mahomet, récemment jouée à Paris, une lettre en style oriental : Voltaire lui répond sur le même ton.

3. C'est le grand dogme des musulmans : « Allah est Dieu, et Mahomet est son prophète ».

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