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Réflexions: critiques sur quelques poêles

Z. Le texte de la 1" édition était: « On ne peut comprendre que le mot d'instinct ait été employé avec une affectation particulière à marquer le caractère d'un esprit si fin». Sur l'avis de Vol taire, Vauvenargues fit cette correction :

« On admire qu'un esprit si fin ait

été en même temps si naturel ».

4. La Bruytre, Des Jugements. ■ « Un homme paraitgrossicr, lourd, stupide; il ne sait pas parler, ni raconter ce qu'il vient de voir :

s'il se met à écrire, c'est le modèle des bons contes; il fait parler les animaux, les arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point; ce n'est que légèreté, qu'élégance, que beau naturel, et que délicatesse dans ses ouvrages. »

L'abeille est admirable, mais c'est dans sa ruche; hors de là l'abeille n'est qu'une mouche.

J'aurais bien des choses à vous dire sur Boileau et sur Mohère. Je conviendrais sans doute que Molière est inégal dans ses vers, mais je ne conviendrais pas qu'il ait choisi des personnages et des sujets trop bas. Les ridicules fins et déliés dont vous parlez ne sont agréables que pour un petit nombre d'esprits déhés*. Il faut au public des traits plus marqués. De plus, ces ridicules si délicats ne peuvent guère fournir des personnages de théâtre. Un défaut presque imperceptible n'est guère plaisant. Il faut des ridicules forts, des impertinences dans lesquelles il entre de la passion, qui soient propres à l'intrigue. 11 faut un joueur, un avare, un jaloux, etc. Je suis d'autant plus frappé de cette vérité, que je suis actuellement occupé d'une fête- pour le mariage de M. le Dauphin, dans laquelle il entre une comédie, et je m'aperçois plus que jamais que ce délié, ce fin, ce délicat, qui font le charme de la conversation, ne conviennent guère au théâtre. C'est cette fête qui m'empêche d'entrer avec vous, monsieur, dans un plus long détail, et de vous soumettre mes idées ; mais rien ne m'empêche de sentir le plaisir que me donnent les vôtres.

Je ne prêterai à personne le dernier manuscrit que vous avez eu la bonté de me confier. Je ne pus refuser le premier à une personne digne d'en être touchée. La singularité frappante de cet ouvrage, en faisant des admirateurs, a fait nécessairement des indiscrp's. L'ouvrage a couru. Il est tombé entre les mains de M. de La Bruère^, qui, n'en con-

1. Vauvenargues critiquait en effet le choix des sujets fait par Molière, et appréciait ainsi son style :

« On trouve dans Molière tant de négligences et d'expressions bizarres et impropres, qu'il y a peu

de poètes, si j'ose le dire, moins corrects et moins purs que lui •.

3. Directeur du Mercure après M. de La lioque; voy. page 43, note 2.

VOLTAIRE

naissant pas l'auteur, a voulu, dit-on, en enrichir son 3Iercure. Ce il. de La Bruère est un homme de mérite et de goût Il faudra que vous lui pardonniez. 11 n'aura pas toujours de pareils présents à faire au public. J'ai voulu en arrêter l'impression, mais on m'a dit qu'il n'en était plus temps. Avalez je vous en prie, ce petit dégoût, si vous haïssez la gloire Votre état me touche à mesure que je vois les productions de voire esprit si vrai, si naturel, si facile et quelquefois si sublime. Qu'il serve à vous consoler, comme il servira me charmer. Conservez-moi une amitié que vous devez à celle que vous m'avez inspirée. Adieu, monsieur; je vous embrasse tendrement.

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