Patu, né en 1729, avait col
VOLTAIRE
blement, monsieur. Son goût pour les arts et la candeur de ses mœurs me l'avaient rendu très cher. Je ne -vois point mourir de jeune homme sans accuser la nature; mais, jeune ou vieux, nous n'avons presque qu'un moment; et ce moment si court, à quoi est-il employé? J'ai perdu !e temps de mon existence à composer un énorme fatras, dont la moitié n'aurait jamais dû voir le jour. Si, dans l'autre moitié, il y a quelque chose qui vous amuse, c'est au moins une consolation pour moi. Mais croyez-moi, tout cela est bien vain, bien inutile pour le bonheur. Ma santé n'es' pas trop bonne : vous vous en apercevrez à la tristesse de mes rédexions. Cependant je m'occupe avec Mme Denis à embellir mes retraites auprès de Genève et de Lausanne. Si jamais vous faites un nouveau voyage vers le Rhône, vous savez que sa source est sous mes fenêtres*. Je serais charmé de vous voir encore, et de philosopher avec vous. Conservez votre souvenir au Suisse V .
90. — A MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA» A Lausanne, i janvier (1758).
A tous croates, pandours, housards, qui ces présentes ouvriront, salut, et peu de butin.
Pandours et croates, laissez passer cette lettre à Son Altesse sérénissime Mme la duchesse de Saxe-Golha, qui est aussi
laboré avec Portelanco, en 175-i, à une comédie, les Adieux du goût; il avait traduit (1750) les l'eliles pièces dti théâtre auglois.
Il avait à deux reprises visité Voltaire aux Délices : en 1735 avec Palissot, en 1756 avec d'Alembert, et il venait de mourir à Saint-
Jean-de-Maurienne, comme il terminait un voyage en Italie.
1. Voltaire croyait à tort que la source du Riiône clait à la sortie-^ du lac de Genève, sous les fenêtres des Délices; elle est au Saint- Golhard, en Suisse.