‹ Choix de lettresChapitre 25 sur 494 · Le baron de Rreteuil, père · texte numérisé non relu

Le baron de Rreteuil, père

de celle qui allait devenir en 1725 la marquise du Châtelet, était demeuré fidèle à Rousseau dans ses disgrâces.

6. Voltaire lui avait envoyé sa tragédie d'UEdipe, dont Rousseau s'était montré fort satisfait, et qu'il avait appuyée deses louanges auprès de la haute société de Vienne.

7. Sur cette estime et sur les restiictions qu'y atiportç VoU:iiie, voy. la lettre 3, à 11. de La Fayc.

8. Voltaire, comme Rousseau et la plupart de ses contemporains, s'exagère l'importance et l'autorité de ces prétendues règles, exposées ])ar Boileau dans le 111' chant (Je \ Art poétique.

Le poème commence au siège de Paris, et finit à sa prise ; les prédictions faites à Henri IV, dans le premier chant, -s'accomplissent dans tous les autres; l'histoire n'est point altérée dans les principaux faits, les fictions y sont toutes allégoriques ; nos passions, nos vertus et nos vices y sont personnifiés ; le héros n'a de faihlesses que pour faire valoir davantage ses vertus. Si tout cela est soutenu de cette force et de cette beauté continue de la diction, dont l'usage était perdu en France sans vous, je me flatte que vous ne me désavouerez point pour votre disciple. Je ne vous ai fait qu'un plan fort abrégé de mon poème*, mais vous devez m'entendre à demi-mot; votre imagination suppléera aux choses que j'ai omises. Les lettres que vous écrivez à M. le baron de Ureteuilme font espérer que vous ne me refuserez pas les conseils que j'ose dire que vous me devez. Je ne me suis point caché de l'envie que j'ai d'aller moi-même consulter mon oracle. On allait autrefois de plus loin au temple) d'Apollon, et sûrement on n'en revenait point si content I que je le serai de votre commerce. Je vous donne ma pa-' rôle que, si vous allez jamais aux Pays-Bas, j'y viendrai passer quelque temps avec vous. Si môme l'état de ma fortune présente me permettait de faire un aussi long voyage que celui de Vienne, je vous assure que je partirais de bon cœur, pour voir deux liorames aussi extraordinaires dans leurs genres que M. le prince Eugène- et vous. Je me

des premiers liommes de guerre du temps. Il se distingua notamment contre la Fi'ance, peiulaul la guerre de la succession d'Espagne; gagna la bat;iillo d'Ciudenarde (l'OS), celle de Malplaquct (1709j, mais fut battu par le maréchal de Villars à la décisive journée de Dcnain (1712), qui détermina l'ouvej-lure du congrès de Rasladt (1713).

1. Ce plan est celui de la Ligue (1725), qui devint la Henriade avec un chant de plus en 1728.

2. Le prince Eugène, né en 1CG3, mort en 1756, est le lils du comte de Soissons (Eugène-Maurice, duc de Savoie-Carignan) et d'Olympe Mancini, nièce de Mazarin. Rebuté par Louis XIV, il entra au service de l'Autriche en 1GS5, et devint rapidement l'un

ferais un véritable plaisir de quitter Paris, pour vous réciter mon poème devant lui à ses heures de loisir. Tout ce que j'entends dire ici de ce prince à tous ceux qui ont eu l'honneur de le voir me le fait comparer aux grands hommes de l'antiquité. Je lui ai rendu, dans mon sixième chant*, un hommage qui, je crois, doit d'autant moins lui déplaire, qu'il est moins suspect de flatterie, et que c'est à la seule vertu que je le rends. Vous verrez par l'argument de chaque livre de mon ouvrage, que le sixième est une imitation du sixième de Virgile -. Saint Louis y fait voir à Henri IV les héros français qui doivent naître après lui ; je n'ai point oublié parmi eux M. le maréchal de Villars; voici ce qu'en dit saint Louis:

Regardez dans Denain l'audacieux Villars Disputant le tonnerre à l'aigle des Césars, Arbitre de la paix que la victoire amène, Digne appui de son roi, dit'ne rival d'Eugène.

(l'était là effectivement la louange la plus grande qu'on pouvait donner à M. le maréchal de Villars, et il a été luimême flatté de la comparaison. Vous voyez que je n'ai point suivi les leçons de La Motte, qui, dans une assez mauvaise ode à M. le duc de Vendôme, crut ne pouvoir le louer qu'aux dépens de M. le prince Eugène et de la vérité'.

Comme je vous écris tout ceci, Mme la duchesse de Sully m'apprend que vous avez mandé à M. le commandeur * de

Page 1