Voy. p. 219, note
■4. Molière, Malade imaginaire, acte III, 3' inlorm.
5. Mme Constant d'Hermenches, qui sera la tante de Benjamin Constant. Cette jeune et jolie dame de Lausanne jouait la comédie chez Voltaire, qui était lié avec toute sa famille.
6. Allusion à la Lettre stir les Spectacles (1758), dans laquelle Rousseau se séparait avec éclat de Voltaire et des encyclopédistes.
'J7. -. A M PILAVOINE, A PONDICHÊRY»
Au château de Ferney, 23 avril (1760).
Mon cher et ancien camarade, vous ne sauriez croire le plaisir que m'a fait votre lettre. Il est doux de se voir aimé à quatre mille lieues de chez soi. Je saisis ardemment l'offre que vous me faites de cette histoire manuscrite de l'Inde-. J'ai une vraie passion de connaître à fond le pays où Pythagore est venu s'instruire^. Je crois que les choses ont bien changé depuis lui, et que l'université de Jaganate* ne vaut point celles d'Oxford et de Cambridge s. Les hommes sont nés partout à peu près les mêmes, du moins dans ce que nous connaissons de l'ancien monde. C'est le gouvernement qui change les mœurs, qui élève ou abaisse les nations.
11 y a aujourd'hui des récollets dans ce même Capitole où triompha Scipion, où Cicéron harangua.
Les Egyptiens, qui instruisirent autrefois les nations, sont aujourd'hui de vils esclaves des Turcs. Les Anglais, qui n'étaient, du temps de César, que des barbares allant tout
1. Ce M. Pilavoine était, comme on le verra, un ancien camarade de Voltaire au collège, négociant à Pondichéry, et l'un des principaux membres de la Compagnie des Indes.
2. Les questions relatives à l'ancienne civilisation de l'Orient intéressaient beaucoup Voltaire à cause des études qu'il avait faites pour son Essai sur les mœurs.
3. Ce célèbre philosoplie grec (sixième siècle av. J.-C.) passait pour avoir visité l'Inde dans ses longs voyages, et avoir emprunté «ux prêtres de ce pays quelques-
unes de ses doctrines, telles quev/ la métempsycose et la prescription de ne point manger la chair des animaux.
i. Jaganate, ou Djaggernat, est hi ville sainte, et par conséquent la ville savante de l'Inde ; c'est !;i qu'a lieu tous les ans le pèlerinage en l'honneur de Vidingu, où l'on voit des fanatiques se faire écraser sous les roues du char qui porte la statue du dieu.
5. Oxford et Cambridge sont, depuis le moyen âge, les deux grandes villes universitaires l'Angleterre.
VOLTAIRE
nus, sont devenus les premiers philosophes de la terre ', et, malheureusement pour nous, sont les maîtres du commerce et des mers. J'ai bien peur que dans quelque temps ils ne viCéinent vous faire une visite; mais M. Dupleix les a renvoyés, et j'espère que vous les renverrez de même -. Je m'intéresse à la Compagnie ^, non seulement à cause de vous, mais parce que je suis Français, et encore parce que j'ai une parlie de mon bien sur elle. Voilà trois bonnes raisons qui m'aflligent pour la perte de Masulipatan*.
J'ai connu beaucoup MM. de Lally et de Soupire^; celuici est venu me voir à mon petit ermitage auprès de Genève avant de parlir pour l'Inde; c'est à lui que j'adressai ma Jeltrepour vous à Surate s. IN'imputez cette méprise qu'an souvenir que j'ai toujours conservé de vous. Je pense toujours à Maurice Pilavoine, de Surate; c'était ainsi qu'on vous appelait au collège, où nous avons appris ensemble à balbutier du latin, qui n'est pas, je crois, d'un fort grand secours dans l'Inde. Il vaut mieux savoir la langue du Ma labar '.