Lettre à M. Pilavoine, du 2 septembre
7. Partie de la côte occidental de l'Inde, où se parle un idioaic spécial.
Je serais curieux de savoir s'il reste encore quelque trace de l'ancienne langue des braclmnanes*. Les brachmaucs d'aujourd'hui te vantent de la savoir; mais entendent-ils leur Veidam? Est-il vrai que les naturels de ce pays sont naturellement doux et bienfaisants? Ils ont du moins sur nous un grand avantage, celui de n'avoir aucun besoin de nous, tandis que nous allons leur demander du coton, des toiles peintes, des épiceries, des perles et des diamants, et que nous allons, par avarice, nous battre à coups de canon sur leurs côtes.
Pour moi, je n'ai point encore vu d'Indien qui soit venu livrer bataille à d'autres Indiens, en Bretagne et en Normandie, pour obtenir, le crisk- à la main, la préférence de nos draps d'Abbeville et de nos toiles de Laval 5.
Ce n'est pas assurément un grand malheur de manquer de pêches, de pain et de vin, quand on a du riz, des ananas, des citrons et des cocos. Un habitant de Siam et du Japon ne regrette point le vin de L'ourgogne. J'imite tous ces gens-là; je reste chez moi; j'ai de belles terres, libres et indépendantes, sur la frontière de France. Le pays que j'habite est un bassin d'environ vingt lieues, entouré de tous côtés de montagnes ; cela ressemble en petit au royaume de Cachemire*. Je ne suis seigneur que de deux paroisses % mais j'ai une étendue de terrain très considérable. Les pèches, dont vous me paraissez faire tant de cas, sont excellentes chez moi; mes vignes même produisent d'assez bon vin. J'ai bâti dans une de mes terres un château qui
1. Le sanscrit, langue des Veidams ou Vccla.i, livres sacrés de l'Inde.